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DIALOGUE NATIONAL : KINSHASA, GOMA OU À L'ÉTRANGER, OÙ FAUDRA-T-IL ORGANISER LES ASSISES ?

L'histoire récente offre également un précédent important. Les Conférences de Goma de 2008, facilitées notamment par l'abbé Apollinaire Malu Malu, avaient permis de réunir le Gouvernement congolais, plusieurs groupes armés et d'autres acteurs politiques autour d'un processus qui avait ouvert la voie à des engagements politiques majeurs, avant de contribuer aux dynamiques ayant précédé les élections suivantes. Si ce processus n'a pas résolu durablement toutes les causes du conflit, il demeure ...

RDC: Probable exclusion de certains acteurs de la crise sécuritaire de l'Est au dialogue inclusif

L’annonce d’un dialogue national inclusif relance un débat rarement abordé, mais pourtant déterminant : où devront se tenir les assises ? À Kinshasa, siège des institutions de la République ? À Goma, au cœur de la crise sécuritaire ? Ou dans un pays tiers, comme cela s’est produit lors de plusieurs négociations africaines ? Le choix du lieu sera loin d’être symbolique. Il pourrait influencer la confiance entre les parties, la participation des acteurs et même les chances de succès du processus.

Le lieu du dialogue constitue souvent le premier test de confiance entre les protagonistes d’un conflit. En République démocratique du Congo, cette question prend une dimension particulière au regard du contexte sécuritaire et politique actuel.

Pour le Gouvernement, organiser les assises à Kinshasa présenterait plusieurs avantages. La capitale demeure le siège des institutions légitimes et accueille les principales administrations du pays. Un dialogue organisé à Kinshasa traduirait la volonté de préserver la continuité de l’État et d’éviter toute impression de remise en cause de son autorité.

Toutefois, certains acteurs pourraient considérer qu’un dialogue organisé exclusivement dans la capitale ne garantit pas un climat suffisamment neutre, notamment pour les participants faisant l’objet de poursuites judiciaires ou exprimant des inquiétudes quant à leur sécurité.

À l’inverse, Goma possède une forte portée symbolique. C’est dans cette ville que se concentre aujourd’hui une grande partie des enjeux liés au conflit dans l’Est. Organiser les assises dans cette région reviendrait à rapprocher le dialogue des populations directement touchées par la guerre.

L’histoire récente offre également un précédent important. Les Conférences de Goma de 2008, facilitées notamment par l’abbé Apollinaire Malu Malu, avaient permis de réunir le Gouvernement congolais, plusieurs groupes armés et d’autres acteurs politiques autour d’un processus qui avait ouvert la voie à des engagements politiques majeurs, avant de contribuer aux dynamiques ayant précédé les élections suivantes. Si ce processus n’a pas résolu durablement toutes les causes du conflit, il demeure une référence lorsqu’il est question d’un dialogue organisé sur le sol congolais.

Une troisième option consisterait à organiser les assises dans un pays tiers. Cette formule est souvent retenue lorsque les parties estiment qu’un terrain neutre favorise la confiance et réduit les risques politiques ou sécuritaires. Plusieurs accords africains ont ainsi été négociés à Arusha, Pretoria, Nairobi, Luanda ou Doha.

Cependant, un dialogue organisé hors de la RDC pourrait être perçu par une partie de l’opinion comme une externalisation d’une question relevant avant tout de la souveraineté nationale. À l’inverse, ses partisans soutiennent qu’un cadre neutre facilite parfois des compromis difficiles à obtenir sur le territoire national.

Au-delà du lieu, une autre question mérite d’être posée : le dialogue doit-il être organisé là où siègent les institutions ou là où vivent les conséquences de la guerre ?

Cette interrogation prend tout son sens alors que Goma accueille désormais le MCVE+, que plusieurs territoires de l’Est connaissent une nouvelle réalité administrative et que les populations locales continuent de subir les conséquences directes du conflit.

Le choix du lieu ne sera donc pas seulement une question logistique. Il constituera un signal politique fort. Organiser le dialogue à Kinshasa affirmerait la centralité des institutions nationales. Le tenir à Goma traduirait une volonté d’écouter les populations les plus affectées par la guerre. Le déplacer à l’étranger viserait à offrir un cadre perçu comme plus neutre.

Quelle que soit l’option retenue, une leçon de l’histoire mérite d’être rappelée : aucun processus de paix ne réussit durablement par le seul choix du lieu. Ce sont la confiance entre les parties, le respect des engagements, l’inclusivité du dialogue et la mise en œuvre effective des accords qui déterminent, à long terme, les chances de construire une paix durable.

Par KIBANDO PAULIN
Directeur des publications – TIC-TAC HEBDO

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Paulin Kibando

Contributeur

Équipe éditoriale de TIC-TAC HEBDO, média congolais basé à Goma.

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