L’annonce d’un dialogue national inclusif intervient alors que plusieurs évolutions majeures se produisent simultanément : l’installation du MCVE+ à Goma avec la participation d’experts désignés par Kinshasa et l’AFC/M23, la poursuite des avancées territoriales de l’AFC/M23, la mise en place d’une nouvelle organisation administrative dans certaines zones sous son contrôle, ainsi que la poursuite des sanctions internationales visant plusieurs responsables et entités. Cette nouvelle séquence politique soulève des interrogations qui méritent d’être examinées avec lucidité afin d’éviter que les erreurs des précédents processus de paix ne conduisent une fois de plus au retour du conflit.
L’annonce d’un dialogue national inclusif intervient dans un contexte où plusieurs évolutions majeures se produisent simultanément : la poursuite des avancées de l’AFC/M23, la mise en place d’une nouvelle organisation administrative dans certaines zones sous son contrôle, l’installation du MCVE+ à Goma, les négociations régionales et internationales, ainsi que les appels des confessions religieuses à une solution politique.
Si ce dialogue doit permettre d’éviter que la RDC replonge une nouvelle fois dans un cycle de violence, plusieurs questions de fond méritent dès aujourd’hui l’attention des diplomates, des décideurs politiques et des partenaires internationaux.
1. La RDC considère-t-elle désormais que la crise de l’Est est uniquement une agression extérieure ou également une crise politique interne entre Congolais ?
L’annonce d’un dialogue entre « fils du pays » semble reconnaître qu’au-delà de la dimension régionale du conflit, une réponse politique nationale devient nécessaire.
2. Comment concilier le dialogue avec les décisions de justice déjà rendues contre plusieurs responsables de l’AFC/M23 ?
Les poursuites judiciaires seront-elles maintenues pendant les discussions ? Des garanties particulières seront-elles accordées aux participants ? Ou les responsabilités pénales resteront-elles distinctes des négociations politiques ?
3. Quelle valeur juridique sera accordée aux administrations installées dans les territoires actuellement contrôlés par l’AFC/M23 ?
La création du territoire des Hauts-Plateaux, les déplacements prolongés des responsables de l’AFC/M23 à Minembwe et l’organisation de certaines structures administratives posent la question de leur avenir dans un éventuel accord politique.
4. Comment réintégrer les territoires sous contrôle de l’AFC/M23 sans créer deux administrations parallèles ?
L’expérience congolaise montre que les accords mal préparés peuvent produire des chevauchements d’autorité qui fragilisent durablement l’État.
5. Comment répondre aux attentes des populations ?
Dans plusieurs zones concernées, une partie de la population affirme aspirer avant tout au retour de la sécurité et à la reprise des activités économiques. En même temps, les sanctions internationales et les restrictions financières limitent les investissements, les transactions bancaires et le fonctionnement normal de certaines entreprises. Comment préserver la pression internationale tout en évitant que les conséquences économiques ne pèsent principalement sur les civils ?
6. Les sanctions internationales devront-elles évoluer en fonction des progrès politiques ?
Le Conseil de sécurité des Nations unies continue de sanctionner plusieurs responsables et de citer certaines sociétés opérant dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23. Si un accord politique progresse, faudra-t-il maintenir ces sanctions en l’état, les adapter progressivement ou prévoir des mécanismes conditionnels liés au respect des engagements de paix ?
7. Comment éviter de reproduire les erreurs des précédents accords ?
L’intégration des combattants, la réforme du secteur de la sécurité, le retour de l’autorité de l’État, la justice pour les victimes et le suivi des engagements restent des défis récurrents depuis plus de deux décennies. Sans mécanisme crédible de mise en œuvre, un nouvel accord risquerait de connaître le même sort que plusieurs initiatives passées.
8. Le dialogue débouchera-t-il sur de simples ajustements politiques ou sur une réforme plus profonde de l’État ?
La crise actuelle pose inévitablement la question des institutions. Les discussions se limiteront-elles à des mesures de décrispation politique ou ouvriront-elles un débat plus large sur la gouvernance, la décentralisation, les institutions et, éventuellement, les réformes constitutionnelles ? Ce point devra être abordé avec prudence, dans le respect des procédures prévues par le droit congolais.
9. Qui financera la paix ?
La stabilisation durable de l’Est nécessitera des ressources importantes. Comment relancer l’économie des territoires affectés tout en respectant les sanctions internationales ? Comment attirer les investissements, restaurer la confiance des opérateurs économiques et garantir que les populations bénéficient rapidement des dividendes de la paix ? Sans réponse économique, le risque demeure que les frustrations alimentent un nouveau cycle de violence.
UNE OCCASION À NE PAS MANQUER
L’histoire récente de la RDC montre que les accords conclus sans traiter les causes profondes des crises n’ont souvent offert qu’un répit temporaire avant le retour des violences.
Le dialogue annoncé constitue donc une opportunité importante, mais son succès dépendra moins des déclarations politiques que de la capacité des différentes parties à répondre, avec courage, réalisme et dans le respect de l’intérêt supérieur de la Nation, à ces interrogations essentielles.
Au-delà des rapports de force militaires, c’est désormais la qualité des réponses apportées à ces questions qui déterminera si la RDC s’engage vers une paix durable ou si elle risque, une fois encore, de voir se refermer un cycle appelé à se reproduire.
Par KIBANDO PAULIN
Directeur des publications – TIC-TAC HEBDO
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