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Goma : les camions-citernes d'eau potable continuent de faire des victimes sur les routes

Malgré l'amélioration progressive de leur état technique et leur rôle essentiel dans l'approvisionnement en eau des quartiers non desservis par le réseau de distribution, les camions-citernes restent impliqués dans plusieurs accidents mortels à Goma. Entre fuite des chauffeurs, justice populaire, difficultés d'indemnisation et projets de réforme des véhicules, les autorités, les transporteurs et les assureurs appellent à une responsabilité collective...

Goma : les camions-citernes d’eau potable continuent de faire des victimes sur les routes

L’eau potable est devenue une nécessité quotidienne pour de nombreux habitants des quartiers périphériques de Goma et des différents chantiers de construction. Dans plusieurs zones où le réseau d’adduction d’eau n’est pas encore disponible, les camions-citernes assurent un service devenu indispensable.

Mais derrière cette activité économique se cache une réalité beaucoup plus sombre : les accidents de circulation impliquant ces poids lourds continuent d’endeuiller plusieurs familles.

Au cours des dernières semaines, plusieurs cas d’accidents mortels ont été enregistrés en ville, relançant le débat sur la sécurité routière et les responsabilités des différents acteurs.

Trois accidents récemment enregistrés

Contacté par TIC-TAC HEBDO, le commandant de la Police de circulation routière (PCR), Tumaini Philemon, confirme que plusieurs accidents impliquant des camions-citernes ont effectivement été recensés.

« Au moins trois cas ont été enregistrés récemment », indique-t-il.

Selon lui, l’un des principaux problèmes réside dans le comportement adopté par certains conducteurs immédiatement après les accidents.

« Plusieurs chauffeurs prennent malheureusement la fuite après avoir constaté qu’ils ont percuté une ou plusieurs personnes. Certains ne restent même pas le temps que les victimes soient évacuées vers une structure sanitaire. »

Cette fuite complique considérablement le travail des enquêteurs.

Le responsable de la PCR explique que lorsque les conducteurs se présentent plusieurs heures plus tard au bureau de la police, les lieux de l’accident ont souvent été modifiés.

Les véhicules impliqués ne sont plus dans leur position initiale, les témoins se sont dispersés et les traces techniques permettant une reconstitution précise ont disparu.

Dans ces conditions, les procès-verbaux établis ne reflètent pas toujours fidèlement les circonstances exactes de l’accident.

La justice populaire favorise la fuite des conducteurs

Pour le commandant Tumaini Philemon, un autre phénomène contribue fortement à cette situation : la justice populaire.

Craignant d’être agressés ou lynchés par la foule, certains chauffeurs choisissent de quitter immédiatement les lieux de l’accident.

La PCR appelle ainsi la population à éviter tout acte de vengeance.

« La présence du conducteur sur le lieu de l’accident permet d’établir correctement les responsabilités, de constater l’état du véhicule, celui du conducteur et de faciliter les procédures d’indemnisation conformément à la réglementation. »

Le commandant félicite par ailleurs les propriétaires de nombreux camions-citernes qui ont entrepris d’assurer leurs véhicules, une évolution qu’il considère comme positive pour la protection des victimes.

Les transporteurs reconnaissent les difficultés

Du côté de l’Association des Camionneurs Transporteurs d’Eau Potable (ACATREP), son président, Ramazani, estime que plusieurs accidents trouvent également leur origine dans la conception même des citernes.

Selon lui, leur forme cylindrique ou ovale crée parfois une illusion d’optique chez les motocyclistes.

« Beaucoup de motards pensent disposer d’un espace suffisant pour dépasser le camion, mais finissent par être aspirés sous les roues arrière. »

Dans d’autres situations, explique-t-il, le chauffeur tente d’éviter une moto imprudente et dévie involontairement vers un piéton qui traverse la chaussée ou circule sur le trottoir.

Une réforme des camions déjà engagée

Face à cette réalité, l’ACATREP affirme avoir lancé une réforme visant à modifier la conception des camions.

L’objectif consiste notamment à installer des protections latérales au niveau des roues arrière afin d’empêcher qu’une personne ou une moto puisse passer sous les pneus.

Ces dispositifs permettraient, selon l’association, de repousser les usagers vers l’extérieur plutôt que de les entraîner sous le véhicule.

Pour Ramazani, cette modernisation pourrait réduire sensiblement la gravité de certains accidents.

Les chauffeurs aussi sont des victimes

Le président de l’association regrette également la manière dont les accidents sont souvent perçus dans l’opinion publique.

Selon lui, les conducteurs sont systématiquement présentés comme les seuls responsables.

« Les chauffeurs ne prennent pas la route avec l’intention de tuer quelqu’un. Lorsqu’un accident survient, ils en subissent eux aussi les conséquences psychologiques, judiciaires et financières. »

Il rappelle qu’à une certaine période, les transporteurs avaient choisi d’effectuer les livraisons principalement pendant la nuit afin de limiter les risques.

Cette organisation a cependant rapidement montré ses limites.

Les chauffeurs devaient intervenir dans des quartiers parfois isolés où les risques d’insécurité étaient élevés. Les pannes mécaniques, les crevaisons ou les manœuvres nocturnes rendaient le travail particulièrement dangereux.

L’assurance ne résout pas toujours tout

Bien que de nombreux véhicules soient désormais assurés, Ramazani affirme que certains camionneurs ont connu de sérieuses difficultés lors de la gestion de certains sinistres.

Selon lui, plusieurs assurés se sont retrouvés seuls pour régler des situations pourtant couvertes par leurs contrats.

Ils ont finalement privilégié des règlements à l’amiable afin d’éviter des conflits prolongés avec les familles des victimes.

Les assureurs appellent à mieux connaître les contrats

Interrogé par notre rédaction, Yav Kabamba, responsable d’une société d’assurance opérant à Goma, estime que beaucoup d’assurés ignorent leurs droits mais aussi leurs obligations.

Selon lui, les contrats d’assurance prévoient des procédures précises qui doivent être respectées dès les premières minutes suivant un accident.

Il affirme que son entreprise a déjà indemnisé au moins deux cas de décès ainsi que plusieurs autres accidents au cours de ce mois.

Il appelle les conducteurs à collaborer immédiatement avec la Police de circulation routière afin de permettre aux compagnies d’assurance de remplir correctement leurs obligations.

Sensibiliser plutôt que condamner

Les différents acteurs interrogés convergent finalement sur un même constat : la réduction des accidents passe autant par l’amélioration des véhicules que par le changement des comportements.

La prudence des motocyclistes, le respect du Code de la route, l’abandon de la justice populaire, la présence des conducteurs sur les lieux des accidents et une meilleure connaissance des mécanismes d’assurance apparaissent aujourd’hui comme des éléments essentiels pour limiter les pertes en vies humaines.

Dans une ville où la demande en eau potable ne cesse de croître et où les camions-citernes demeurent indispensables, l’enjeu consiste désormais à concilier la continuité de ce service vital avec une sécurité routière renforcée.

Au-delà des responsabilités individuelles, ces accidents rappellent l’urgence d’une réflexion collective sur l’aménagement des poids lourds, la protection des usagers vulnérables et l’application rigoureuse des règles de circulation afin que l’approvisionnement en eau ne continue plus à coûter des vies humaines.

Par KIBANDO PAULIN , AWA JDD ET ANSELME SYANGOMA– TIC-TAC HEBDO

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Paulin Kibando

Contributeur

Équipe éditoriale de TIC-TAC HEBDO, média congolais basé à Goma.

paulinkibando@gmail.com

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