À Goma, le contraste économique devient de plus en plus visible : le litre de carburant reste relativement bas comparativement à plusieurs villes du Grand Nord et aux prix officiels appliqués dans la zone Est, tandis que l’accès à l’argent liquide demeure difficile et coûteux. Plus d’un an après la fermeture des banques et coopératives, la ville fonctionne avec un système financier largement déplacé vers le mobile money, les cash-points et les transferts physiques de billets depuis les zones où les banques continuent à fonctionner.
Le carburant reste l’un des rares produits dont le prix à Goma n’a pas suivi dans les mêmes proportions les tensions observées ailleurs. La grille officielle fixée par Kinshasa pour plusieurs provinces de l’Est avait dépassé les 4 000 francs congolais le litre, alors qu’à Goma les prix observés ces derniers mois sont restés sensiblement inférieurs.
Cette situation ne signifie cependant pas que l’économie gomaïse fonctionne normalement. Le principal problème s’est progressivement déplacé vers l’accès au cash.
Depuis la fermeture des banques et de nombreuses institutions financières après le changement de contrôle de la ville en janvier 2025, une partie importante des transactions repose sur les opérateurs de mobile money et les points de retrait. Les billets disponibles deviennent ainsi une marchandise : retirer son propre argent peut entraîner des commissions supplémentaires, tandis que les commerçants doivent intégrer dans leurs prix le coût nécessaire pour obtenir des liquidités.
L’approvisionnement de Goma en espèces dépend également de circuits extérieurs, notamment depuis Beni et Butembo, où les banques continuent de fonctionner. Des restrictions ont par ailleurs été rapportées sur les transferts physiques de fonds vers les zones administrées par l’AFC/M23. TIC-TAC HEBDO n’a cependant pas identifié de document public de la Banque centrale fixant à 500 dollars le montant maximal qu’un particulier peut transporter vers Goma.
À l’échelle nationale, la situation monétaire est pourtant différente : au 21 septembre, la Banque centrale indiquait un taux officiel d’environ 2 266 francs pour un dollar, avec seulement une légère variation hebdomadaire du franc congolais.
Le problème de Goma n’est donc pas seulement la valeur du franc face au dollar. Il concerne surtout la disponibilité physique de la monnaie et le coût de son accès.
La ville présente ainsi un paradoxe économique : on peut encore y acheter un litre de carburant à un prix relativement contenu, mais récupérer de l’argent liquide pour payer ce même carburant peut coûter davantage qu’ailleurs.
KIBANDO PAULIN
TIC-TAC HEBDO — Au-delà des faits
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