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RDC : Daniel Kisaka Yereyere explique la position du FRN face à la déclaration de la coalition C64

La C64 défend une démarche fondée sur le dialogue national inclusif, le respect de la Constitution et le rejet de toute prise de pouvoir par la force. De son côté, Daniel Kisaka, dans sa lecture de la position du FRN, estime que la défense de la Constitution exige également de distinguer les responsabilités des différents protagonistes de la crise.

RDC : Daniel Kisaka Yereyere explique la position du FRN face à la déclaration de la coalition C64

Le député et ministre honoraire Daniel Kisaka Yereyere, présenté comme cadre du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), a livré une analyse en onze points de la déclaration de la coalition de l’opposition C64. Il défend la position exprimée par le vice-président du FRN, Corneille Nangaa Yobeluo, et estime que les deux démarches ne peuvent être assimilées dès lors qu’elles n’adoptent pas, selon lui, la même lecture de la crise constitutionnelle en République démocratique du Congo.

Une divergence autour de l’interprétation de l’article 64

Cette prise de position intervient dans un contexte de débat politique marqué par les conclusions du conclave de la Coalition Article 64 (C64), organisé à Rome, en Italie, du 25 au 27 octobre 2026.

Dans sa déclaration finale du 27 octobre, la C64 a réaffirmé son opposition à toute modification de la Constitution susceptible de remettre en cause les principes de l’alternance démocratique, notamment la limitation des mandats présidentiels. La coalition a également condamné le recours aux armes pour conquérir ou conserver le pouvoir et annoncé son intention de rencontrer Félix Tshisekedi et Joseph Kabila dans le cadre d’une initiative en faveur d’un dialogue national inclusif.

C’est notamment cette démarche qui semble être au centre de la réaction de Corneille Nangaa. Dans son message publié le 29 octobre, le vice-président du FRN a invité les responsables de la C64 à se rendre à Goma pour rencontrer les dirigeants de son mouvement. Il leur a reproché de vouloir se positionner comme des arbitres entre ceux qui transgressent la Constitution et ceux qui revendiquent sa défense.

Pour Daniel Kisaka Yereyere, cette divergence ne relève donc pas simplement d’une différence de communication entre deux plateformes se réclamant de l’article 64, mais d’une différence fondamentale dans l’appréciation de la responsabilité des acteurs face à la crise institutionnelle.

La Constitution de 2006 au cœur de l’argumentaire

Dans son analyse, Daniel Kisaka remonte à l’histoire politique de la RDC depuis son accession à l’indépendance. Il considère que la Constitution du 18 février 2006 a été conçue pour répondre aux crises institutionnelles et aux conflits récurrents qui ont fragilisé la cohésion nationale.

S’appuyant sur les réflexions de Thomas Hobbes, John Locke, Jean-Jacques Rousseau, Montesquieu, Hugo Grotius ainsi que du constitutionnaliste congolais Jean-Louis Esambo Kangashe, il présente la Constitution comme un mécanisme destiné à limiter les abus du pouvoir et à garantir l’équilibre entre les institutions et les citoyens.

Pour lui, la limitation des pouvoirs constitue un acquis essentiel du contrat social congolais. Il estime que les dirigeants doivent exercer leurs responsabilités dans le respect des règles constitutionnelles et rechercher constamment la légitimité populaire.

L’article 64 occupe une place centrale dans son raisonnement. Cette disposition stipule que tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe qui prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation de la Constitution. Elle précise également que toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l’État.

La déclaration de Félix Tshisekedi ravive le débat

Un autre élément important de l’argumentaire de Daniel Kisaka concerne les déclarations attribuées au président Félix Tshisekedi lors d’une rencontre avec les parlementaires de l’Union sacrée, le 24 octobre 2026, à Kinshasa.

Selon plusieurs comptes rendus de cette rencontre, le chef de l’État aurait déclaré : « Cette Constitution, je ne l’aime pas, et vous le savez », tout en laissant à sa majorité politique la responsabilité de décider d’une éventuelle modification du texte fondamental.

Daniel Kisaka interprète cette déclaration comme un élément révélateur de la crise constitutionnelle qu’il dénonce. Il estime que les violations qu’il attribue au pouvoir en place, combinées aux discussions sur une éventuelle révision constitutionnelle, fragilisent le contrat social et contribuent à alimenter les tensions politiques.

Il considère ainsi que la C64 aurait dû maintenir une distinction claire entre les acteurs qui, selon son analyse, remettent en cause l’ordre constitutionnel et ceux qui prétendent agir pour son rétablissement.

Pourquoi Daniel Kisaka critique-t-il la position de la C64 ?

Le point de désaccord majeur se situe dans la manière dont les deux démarches abordent la responsabilité des acteurs politiques et armés face à la Constitution.

Dans sa déclaration de Rome, la C64 a notamment affirmé que les exigences constitutionnelles s’appliquent aussi bien aux autorités qui exercent le pouvoir qu’aux mouvements qui cherchent à le conquérir par les armes. Elle a également condamné le recours à la force comme moyen d’accession au pouvoir.

Daniel Kisaka conteste cette approche. À ses yeux, placer sur le même plan le pouvoir en place et les acteurs qui se réclament d’une démarche de résistance constitutionnelle revient à ignorer les causes profondes de la crise politique actuelle.

Il reproche donc à la coalition d’avoir, dans sa déclaration, établi une équivalence entre deux situations qu’il considère comme fondamentalement différentes.

Cette lecture rejoint la réaction de Corneille Nangaa, qui avait invité la C64 à venir échanger avec les responsables du FRN à Goma plutôt que de se positionner en arbitre de la crise.

Un débat qui dépasse la divergence entre deux plateformes

Au-delà des échanges entre responsables politiques, cette controverse remet au centre du débat national une question fondamentale : comment concilier la défense de l’ordre constitutionnel, la recherche d’une solution politique à la crise et le rejet de la conquête du pouvoir par les armes ?

La C64 défend une démarche fondée sur le dialogue national inclusif, le respect de la Constitution et le rejet de toute prise de pouvoir par la force. De son côté, Daniel Kisaka, dans sa lecture de la position du FRN, estime que la défense de la Constitution exige également de distinguer les responsabilités des différents protagonistes de la crise.

Son intervention en onze points constitue ainsi une tentative de justifier la position du FRN face aux orientations prises par la coalition C64 à Rome.

Le débat reste ouvert, alors que la Constitution du 18 février 2006, particulièrement ses articles 64 et 220, demeure au cœur des interrogations sur l’exercice du pouvoir, la limitation des mandats présidentiels et l’avenir institutionnel de la République démocratique du Congo.

Paulin KIBANDO

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Paulin Kibando

Contributeur

Équipe éditoriale de TIC-TAC HEBDO, média congolais basé à Goma.

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