La polémique autour des comités de gestion des établissements publics de Goma et Bukavu mérite ainsi une lecture plus nuancée. L’AFC/M23 avait expliqué son intervention par la nécessité de compléter des COGE devenus incomplets après le départ de certains de leurs membres, certaines institutions ne fonctionnant plus qu’avec une partie de leurs responsables.
Cette distinction est importante : tous les noms apparaissant dans les nouvelles compositions ne correspondaient donc pas nécessairement à de nouvelles nominations. Des responsables qui étaient déjà en fonction avant le changement d’administration ont été maintenus, tandis que les postes devenus vacants étaient pourvus.
Le cas Bengeya soulève une autre question
À l’ISC-Bukavu, le professeur Déo Bengeya Machozi occupait déjà les fonctions de secrétaire général à la Recherche. Son nom apparaît ensuite dans la composition du COGE rendue publique sous l’administration AFC/M23.
Mais dans une correspondance datée du 26 août 2026 à Lausanne, en Suisse, adressée à la ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, le professeur affirme avoir appris par les réseaux sociaux sa présence dans cette composition. Il indique n’avoir été « ni consulté ni sollicité » et déclare explicitement refuser ce qu’il qualifie d’« offre de l’AFC/M23 ».
Il demande parallèlement à la ministre de reconsidérer sa situation professionnelle et salariale, après les mesures prises par Kinshasa contre les agents considérés comme ayant accepté d’exercer sous l’administration AFC/M23.
La chronologie mérite cependant attention : le professeur avait continué à être associé au fonctionnement de l’établissement après le changement d’administration à Bukavu, avant de se retrouver en Suisse et d’y formaliser son refus.
Cela pose une question plus large sur le fonctionnement des établissements durant cette période. Dans quelle mesure certaines universités et institutions ont-elles continué à fonctionner avec des COGE incomplets, voire avec des responsables absents de leurs postes ? Cette question mérite d’être documentée établissement par établissement plutôt que de considérer indistinctement tous les membres des COGE comme ayant été nouvellement nommés par l’AFC/M23.
Et les étudiants dans cette confrontation ?
La crise dépasse désormais les personnes et leurs rémunérations. Kinshasa a suspendu les activités de plusieurs établissements publics de Goma et Bukavu et pris des mesures salariales contre certains agents, tandis que les autorités présentes dans ces villes affirment vouloir assurer la continuité de l’année académique.
Le cas Bengeya révèle ainsi une contradiction plus profonde : peut-on demander le maintien de son salaire auprès de Kinshasa tout en se retirant d’une responsabilité nécessaire au fonctionnement d’un établissement situé dans une zone que Kinshasa ne contrôle plus ?
Et surtout, derrière la confrontation administrative et politique, une dernière question demeure : faut-il continuer à sacrifier les études de milliers d’étudiants de Goma et Bukavu pour préserver le lien administratif et salarial avec Kinshasa, ou privilégier la continuité de l’enseignement malgré le changement d’autorité sur le terrain ?
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