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La faction prêchant la négation de la présence rwandophone, avant la colonisation, sur le territoire qui est aujourd’hui la RDC, est revenue à la charge, avec des renforts, pour soutenir les aberrations et les mensonges de l’APARECO et de ses alliés. C’est en réponse à ce nouvel outrage à la vérité que le présent article est rédigé.
Messieurs Bakungu Mitondeke, Marcellin Cikwanine, et Jean Baptiste Murairi s’en sont pris à mon précédent article en des termes marqués du sceau de la contrefaçon, que ce soit du point de vue de l’authenticité des sources documentaires, ou de celui des faits historiques évoqués. Personnellement, j’estime que leur procédé n’a rien de surprenant venant d’une équipe composée par un repris de justice en fuite, un défenseur des FDLR, et un politicien sénile fondamentalement tribaliste, rongé par l’amertume et le ressentiment.
Comme dans la vie nos actes définissent ce que nous sommes, voici le parcours délictueux et aberrant des deux premiers contradicteurs, ainsi que celui du troisième qui est marqué par le mensonge, et, la rancœur consécutive au naufrage de son projet tribal.
- Bakungu Mitondeke a été tour à tour membre de la commission des questions sur la nationalité à la conférence nationale souveraine (CNS), député du parti du président Kabila PPRD, vice-gouverneur du Nord-Kivu dans le quota PPRD, fondateur de la milice armée « Armée Patriotique pour un Congo Libre et Souverain » (APCLS), coordonnateur de l’alliance des Maï-Maï -FDLR-Milice Nyatura. Condamné pour meurtres, détention illégale d’armes et entretien d’un mouvement insurrectionnel[1], il fut incarcéré à la prison de Makala d’où il put s’enfuir, aujourd’hui c’est un fugitif recherché par la justice de son pays pour divers crimes.
- En sa qualité de membre de la commission en charge des questions de nationalité à la CNS, il a dirigé la faction prônant l’expulsion de tous les rwandophones de la CNS pour nationalité douteuse.
- Immédiatement après cela, il a été à l’origine de la mise en place de l’infâme commission Vangu dont le rapport : (i) exigea l’expulsion de tous les rwandophones du Zaïre et la confiscation de leurs biens, et, (ii) amplifia la propagande sur le pseudo danger de la création d’un empire hima-tutsi dans la région des Grands Lacs qui démembrerait le Zaïre[2].
- Lors de sa campagne électorale de député en 2006, il avait promis à son électorat hunde de nettoyer, par la force, la RDC et spécifiquement le Nord-Kivu de tous les éléments rwandophones.
- Impatient d’exécuter son programme d’épuration ethnique alors qu’il était vice-gouverneur du Nord-Kivu, il s’était livré en 2012 à des activités déstabilisatrices en vue de provoquer une insurrection anti-rwandophone, son parti le PPRD inquiet fut obligé de l’écarter et de le remplacer comme vice-gouverneur.
- Il a créé finalement le groupe armé APCLS qui s’est livré à des meurtres en séries et à des enlèvements de voyageurs contre remise de rançons. De plus, il a organisé une coalition entre le chef Maï-Maï Janvier allié des FDLR et Nyatura/Domi pour résister contre une soit disant invasion rwandaise.
- Il fut arrêté, jugé, condamné et emprisonné, et parvint à s’enfuir hors du pays, aujourd’hui c’est un fugitif recherchant l’asile politique vers les pays occidentaux à partir de Nairobi.
- Marcellin Cikwanine s’est illustré, tel qu’expliqué dans ma publication précédente[3], dans la défense des FDLR, ainsi que dans des activités séditieuses au mécanisme complexe, par lequel sous couvert d’actions prétendument dédiées à la défense des droits humains, il entretient une grande proximité avec un réseau mafieux de milices s’adonnant au trafic des minerais. Sa démarche politique est dominée par un atavisme tribal des plus obscurs.
Marcellin Cikwanine a rejoint l’Ouganda à la suite de l’accélération de l’offensive lancée contre les FDLR et d’autres groupes armés.
Aujourd’hui les deux complices négocient l’obtention du statut de réfugié politique auprès du HCR pour immigrer dans un pays d’Amérique du Nord.
- Jean-Baptiste Murairi. Propulsé en politique par Barthélémy Bisengimana, il a occupé plusieurs postes politiques dont le dernier fut celui d’ambassadeur. Murairi est un muhunde comme Mitondeke. Il s’est beaucoup investi dans les travaux de la CNS afin que la citoyenneté zaïroise soit retirée aux rwandophones et ainsi éliminer cet électorat des territoires de Masisi, Rutshuru et Goma. Son hostilité envers les rwandophones est doctrinaire, car il considère que les hunde sont en péril en raison de la supériorité démographique des premiers. Les acquits iniques et criminels de la CNS, en matière de nationalité, ayant été balayés par la défaite et la chute du régime Mobutu en 1997, il a basculé dans l’extrémisme et s’est vu de surcroît oublié par le régime des deux Kabila. C’est cette situation qui a développé chez lui amertume et ressentiment, et l’a poussé à régler ses comptes avec la communauté rwandophone en prêtant son nom et le prestige de ses anciennes fonctions à deux individus aux abois, qu’il qualifie respectivement de « chercheur», et « d’honorable » pour contredire les révélations de mes précédents articles : décidément, les mots ont perdu leur sens dans son esprit.
Les présentations étant faites, il va de soi que le palmarès accablant des deux premiers contradicteurs leur enlève toute crédibilité face à l’opinion, et que cela explique la nécessité pour eux de se dissimuler derrière la signature « d’un ambassadeur honoraire » nonagénaire rongé par une vendetta inassouvie. Telle est l’explication de cette association avilissante dont le socle demeure la haine ethnique et l’usage du mensonge.
La stratégie de cette faction tribaliste repose sur une position invariable qui consiste à assimiler tout propos révélant la véracité des faits historiques et politiques relatifs à la RDC, de la part d’un rwandophone : (i) à la préparation de l’invasion du pays, (ii) à la remise en cause des frontières de la RDC, (iii) au démembrement du territoire national, (iv) aux massacres des populations autochtones et à leur remplacement par des rwandais, et bien d’autres fictions qui défient le sens commun. Tout cela étant fait dans le but d’agrandir l’espace territorial de la haine ethnique en RDC voire vers certains pays de la région.
Voyons enfin ce que disent ces trois personnes. A la lecture de leurs écrits, je me suis sincèrement demandé s’ils avaient lu mes articles, pourtant objets de leur furie vengeresse, en effet, de manière systématique les questions clarifiées depuis très longtemps par l’histoire, de même qu’à travers mes récentes publications, reviennent inlassablement sur le tapis avec les mêmes mensonges, les mêmes falsifications et les mêmes mythes. Je dois avouer que je me suis longtemps demandé si je devais répondre à des gens dont le raisonnement est inaccessible à la vérité, mais je me suis dit que le devoir d’empêcher le poison du mensonge et de la haine de se rependre devait prévaloir sur toute autre considération.
Pour revenir au contenu de leur volumineuse réplique de 20 pages, le texte commence par un appel aux armes pour sauver le Kivu qui est sur le point d’être arraché à la RDC[4], personnellement je suis convaincu que « appel au meurtre » serait l’expression adéquate dans la mesure où aujourd’hui : (i) une campagne de nettoyage ethnique sans précédent, conduite par une coalition mai-mai en connivence avec les officiers félons des FARDC, s’abat sur les tutsi Banyamulenge au Sud-Kivu, et, (ii) au Nord-Kivu plus de 50.000 familles tutsi, vivant dans les camps des réfugiés au Rwanda et en Ouganda, ne peuvent regagner leur patrie en raison des massacres récurrents perpétrés par l’alliance APCLS-NYATURA-FDLR dans laquelle deux des auteurs de l’article sont parties-prenante comme nous l’avons vu. Cet appel de Murairi est une entrée en matière choquante et un aveu déguisé de collusion avec le crime.
L’article rédigé par l’équipe Murairi et consort, est dans les faits, un amoncellement (i) d’affirmations gratuites, (ii) de citations tronquées ou hors contexte, (iv) de fausses correspondances, (v) de fausses cartes géographiques élaborées par les soins des auteurs, (vi) de récits fictifs non pertinents servant, croyons-nous, à occulter certains complexes ataviques du trio vis-à-vis des banyarwanda, le tout dans un enchevêtrement « voulu » pour égarer le lecteur. Face à ce monument de mensonges, je me vois contraint de procéder à un travail de triage afin de faciliter la compréhension de ceux qui nous lisent.
Commençons par les affirmations gratuites :
- Je serais un rwandais usurpateur de la citoyenneté congolaise. Cette accusation absurde mille fois recyclée chaque fois qu’un rwandophone s’implique dans la politique congolaise n’est pas nouvelle, elle a pris naissance dans les années 1963-1964, époque à laquelle les banyarwanda s’opposaient au morcellement du Grand Kivu[5] contre le projets des politiciens tribalistes hunde (Muleyi Benezeti) et nande (Denis Paluku). Elle s’est manifestée ensuite officiellement pour la 1ère fois lors des travaux de la commission Mafuta Kizola (Delvaux) au début des années 1970, lorsque des personnalités éminentes comme le premier juge président noir, post indépendance, du tribunal de Goma Justin Rutinigirwa, le médecin provincial du Kivu Etienne Biyoga, Mutiri[6] agent dans l’administration de l’Education Nationale, Jean Baptiste Murangwa[7] secrétaire du parquet de Goma, et bien d’autres ont été convoqués pour cause de nationalité douteuse suite aux accusations des ténors tribaux du Nord-Kivu; et plus près de nous lorsque l’honorable Cyprien Rwakabuba, et Monseigneur Patient Kanyamachumbi ont été exclus de la CNS au début des années 1990 parceque non zaïrois, et, cela suite aux intrigues de Jean Baptiste Murairi et à la propagande mensongère de Bakungu Mitondeke. Evidemment de tels absurdités m’indiffèrent.
- Je travaillerais comme agent du Rwanda pour la balkanisation de la RDC. Voilà encore une chimère qui a la peau dure et que les tenants du tribalisme sectaire cultivent avec frénésie, dans leur esprit tout rwandophone qui ose dire la vérité devient un agent du Rwanda, un étranger et un « « balkanisateur[8]». Ma crainte par contre, est que vous Murairi et vos complices travaillez consciemment ou inconsciemment à la concrétisation de la balkanisation de la RDC, car l’apostolat de la haine tribale est un facteur historiquement connu comme très favorable au démembrement des Etats, à cet égard d’ailleurs, Laila Zerrougui représentante des Nations Unies en RDC a récemment servi une mise en garde: « Si le tribalisme continue à guider nos pas et nos actions, en lieu et place du bon sens et de la morale, n’accusons aucune autre nation, nous sommes les acteurs de la balkanisation du Congo (sic) », et plus loin elle ajoute : «personne, que ce soit dans la communauté internationale ou chez les voisins [de la RDC], qui a des visées territoriales sur le Congo (sic)»[9]. Nous voilà bien fixés à propos de ces fictions ridicules.
Quittons à présent le refrain des affirmations gratuites pour aborder celui des falsifications. Elles sont de multiple nature : (i) manipulation des citations soit tronquées, soit présentées hors contexte, (ii) présentation de documents falsifiés ou fabriqués, (iii) cartographie fabriquée ou falsifiée, (iv) modifications des polices pour faire croire à une différence d’auteur alors que le tout est l’œuvre des mêmes faussaires, récits fictifs divers, etc. Le texte présenté par les trois associés est une gigantesque contrefaçon. A cet égard, je ne vais citer que les cas les plus emblématiques pour illustrer le caractère contrefait et dénaturé de ce que les auteurs des faux appellent pudiquement « témoignages et affirmations ».
Citations hors contextes et manipulation du discours
La présente citation attribuée à Mgr. Joseph Busimba est authentique, mais c’est son contexte qui a été dénaturé et manipulé pour tromper le lecteur. « Les Rwandais ont tout perdu dans leur pays. Ils ne demandent pas mieux que de pouvoir rester au Congo où ils ont trouvé l’hospitalité de leurs frères congolais » (cf. Rapport de Mission TEUWEN au Kivu, Entretien du 14 juin 1966 avec l’évêque de Goma-Kinshasa, 1966, p. 11.-
Murairi et ses complices omettent de dire que Mgr. Joseph Busimba[10] parlait en faveur des réfugiés rwandais venus en 1959-1960-1961 qui se trouvaient dans une situation d’extrême détresse consécutive aux exactions et crimes commis contre eux par les gouverneurs Benezeti Moleyi et Denis Paluku en 1964 -1965, et dont une partie avait été évacuée en Tanzanie, par le HCR impuissant, face à la barbarie des deux gouverneurs hunde et nande. Les propos invoqués ne concernent en aucun cas les rwandophones congolais comme tente de le faire croire Murairi, mais bien les réfugiés rwandais, et, tutsi en grande majorité.
Faux et usage de faux
La lettre du 20/06/1981 des « Populations Originaires du Rwanda au Zaïre » réclamant l’attribution des six territoires du Kivu.
Cette prétendue lettre est un faux flagrant bien connu, fabriqué par les députés du Kivu en vue d’exacerber les tensions et l’hostilité du Comité Central à la veille du vote de la loi 81-002 du 29/06/1981 sur la nationalité qui retirait abusivement la citoyenneté zaïroise à la très grande majorité des rwandophones. Les signataires de la prétendue lettre n’ont jamais existé et personne ne les a jamais vu, ni rencontré, ils n’ont jamais été poursuivis et encore moins inquiétés, tous les noms sont imaginaires : pareille dissidence ne se serait jamais produite sans une sanction foudroyante sous le régime Mobutu. Un fait vérifiable vient d’ailleurs renforcer le caractère frauduleux de ce faux, car Honoré Ngbanda votre allié, qui a forgé des centaines de faux documents, montre dans sa vidéo enregistrée en mars 2016 la même lettre mais, datée du 20/06/1972. J’ajouterais, pour clore cette farce, que le service courrier du Secrétariat Général des Nations Unies destinataire supposé de la lettre ne reconnait pas son existence, et si vous contestez ce fait, fournissez la preuve du contraire qui sera validée par les services du destinataire. En fait chacun dans son coin modifie la date et le but du document en fonction de ses objectifs du moment, c’est le but de toutes les falsifications d’ailleurs.
Faux et usage de faux
La pseudo cartographie historique du 16ème siècle.
Monsieur Murairi et ses acolytes ont l’audace de brandir une carte de la région du Kivu, tenez-vous bien, datant du 16ème siècle ! Alors que Vasco de Gama découvrait l’Inde, et Ferdinand Magellan les Philippines, juste au lendemain de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, un explorateur non connu de l’histoire visitait la région des volcans et d’Afrique Centrale pour établir des cartes des divers peuplements ???!!!!! On croit rêver. Tous les historiens me soutiendront pour confirmer que les toutes premières approximations pour cartographier la région du Kivu et du Rwanda-Burundi datent de la fin du 19ème siècle, car ce fut une des dernières régions en Afrique à être explorée par les européens. Dans ces conditions : H. Deschamps auquel la carte est attribuée, est-il un explorateur du 16ème siècle ? Certainement pas. Mais alors comment a-t-il pu (i) identifier, (ii) situer physiquement, (iii) déterminer le nombre et la catégorie des ethnies entre 1500-1600 soit environ 400 ans plus tard sans aucune quelconque source écrite ou archéologique, pratiquement ex nihilo ? Le plus spectaculaire des mensonges dans cette affaire de cartographie et qu’un territoire est assigné aux batutsi, et un autre aux bahutu alors que ceux-ci n’ont jamais vécu, dans l’histoire connue, sur des territoires séparés[11] car la tradition de nation qui était et est toujours la leur excluait le concept tribal, même les peuples des territoires conquis devenaient rwandais du fait de ce concept, sans aucune référence tribale. C’est à la fois énorme et grotesque comme procédé. Nous sommes encore en présence d’une escroquerie absurde.
Citations tronquées et présentées hors contexte
Les propos prêtés au gouverneur Maurice Willaert à propos du Gishari. Le trio piloté par Murairi se contente de bouts de phrases, au besoin réaménagés de ce gouverneur belge : « Des agriculteurs s’y fixèrent et virent que la terre était bonne (…). Mais la double appartenance de ces foyers d’immigrants fit naître, dès l’origine, un malentendu plein de menace (…) Il est clair que le Gishari ne pouvait prétendre absorber le trop-plein du Rwanda. Il est clair aussi que les terres du Kivu auraient dû plutôt être réservées à ses besoins propres ». (Willaert, pp 160-161). Quel est ce « malentendu plein de menaces » ? Rien n’est spécifié. Qu’entendait ce Willaert par « besoins propres » toujours aucune spécification de la part de Murairi, (mais on peut comprendre qu’il s’agissait des besoins du colonat agricole belge et non de ceux de la communauté de Murairi qui était fort passive pour ne pas dire absente, par tradition, du secteur agricole). Le groupe Murairi a volontairement omis de clarifier le contexte dans lequel ces propos ont été tenus, et je vais le faire pour l’intérêt du lecteur.
Tout en soulignant la non pertinence et le caractère pour le moins vague de ces citations tronquées, par rapport à la problématique que j’ai pris l’initiative d’analyser, il faut révéler un contexte unique dans la région qui a le mérite de nous éclairer quant la véritable nature des enjeux à l’époque: très tôt dès septembre 1948, la tension, entre le grand chef du Gishari Wilfrid Bucyanayandi et l’administration coloniale, commençait à se manifester avec force en raison de l’orientation socioéconomique, imprimée par le grand chef à sa chefferie, qui provoquait le courroux des belges. En effet, le diaire de la paroisse de Nyakariba en chefferie du Gishari indique que l’inspecteur d’Etat, Mr. Liénard, gouverneur du Kivu en visite à Nyamitaba[12] avait déclaré au supérieur de la mission Walter Helen que : « la colonie souffrait actuellement du succès du Gishari[13] (sic) », le diaire continue plus loin en indiquant que l’administrateur de territoire Jadoul avait dit au supérieur de la mission : « que le grand chef commettait des injustices ou exactions en forçant les enfants à suivre les classes,[14] car Jadoul en voulait plutôt pour les plantations (sic)….et que les batutsi favorisaient l’indiscipline dans la population», le diaire continue plus loin : « il est évident que le chef a beaucoup d’ennemis, on lui reproche sa richesse et son autorité. Il paraît que Mr. Reiles administrateur assistant de Mihanga aurait juré d’avoir sa peau. Cette inimitié daterait de son mécompte lié aux efforts de production des haricots en place et lieu du pyrèthre[15] sic» En effet, il est reconnu que le chef favorisait l’instruction de la jeunesse, le développement des coopératives d’agriculteurs et d’éleveurs pour autonomiser la population, et cette politique qui diminuait la main d’œuvre des plantations blanches, et affectait les superficies destinées aux plantations coloniales allait à l’encontre du concept colonial de réservoir de main-d’œuvre, et créait une concurrence avec le projet colonial, c’est l’obstination dans la mise en place de cette politique qui perdra le grand chef W. Bucyanayandi et lui vaudra la destitution, l’emprisonnement, et le démembrement du Gishari. En dépit de l’oppression coloniale, le Gishari qui était comme un phare dans l’obscurité, comparé aux chefferies voisines, allait laisser un héritage spectaculaire en termes de développement au territoire de Masisi, et celui-ci se rependra dans le voisinage[16] après l’indépendance. Voilà l’origine réelle de l’hostilité et des regrets des coloniaux par rapport au Gishari et qui n’ont rien à voir avec une quelconque forme de réparation envers les bahunde, et encore moins une quelconque revendication du chef hunde André Kalinda comme le prétendent les affabulateurs. Bien entendu ce coup d’état belge bénéficiera aux marionnettes exécutants dévotement les désirs des coloniaux qui se limiteront au rôle de capita recruteurs de cueilleurs des plantations, rôle que Wilfrid Bucyanayandi avait placé assez bas de l’échelle des priorités.
Additionnellement, je tiens à confirmer que personne n’a jamais nier le mouvement d’immigration organisé légalement par la puissance occupante, (MIB), au Gishari à partir de 1937 jusqu’aux débuts des années cinquante, mais il est diffamatoire et odieux, de la part de Murairi, d’affirmer que c’était les premiers habitants alors qu’ils rejoignaient une population existante majoritairement composée d’éleveurs non intéressées par les travaux des plantations comme indiqué dans mon précédent article.
Pour ce qui est de la fameuse transaction des 30.000 francs en échange d’un territoire, cette opération n’était qu’un artifice caractéristique des manipulations coloniales destinées à fragiliser la légitimité des parties « indigènes » : à Kalinda on ne cessait de lui rappeler que ces territoires avaient eu un autre maitre avant 1911[17], aux banyarwanda on agitait en permanence la possibilité d’annulation de la transaction en cas d’insubordination. Il faudrait être naïf ou de très mauvaise foi pour ignorer ce genre de pressions et pratiques sous le régime colonial.
CONTREVERITE HISTORIQUE : Négation de l’existence des chefferies rwandophones dans les territoires de Rutshuru et Masisi.
Il faut une grosse dose de fanatisme et une part de folie pour oser affirmer que les chefferies rwandophones n’ont jamais existé au Bwishya et dans le territoire de Masisi et que l’espace couvrant les territoires de Rutshuru, Goma et Masisi et au-delà était peuplé et administré par un royaume hunde !!!!!
Voici ce qu’écrit le très respecté et très modéré Mgr. Patient Kanyamachumbi[18] : « Pour des jeunes lecteurs nous rappelons que l’actuelle collectivité de BWISHA date des années 1918 et les BATUTSI y habitaient depuis un minimum de 200 ans avant que le BWISHA ne soit détaché du Rwanda pour être rattaché à la colonie du Congo-Beige. La délimitation des colonies tout comme la création des collectivités- chefferies ont obéi à des critères très souvent étrangers à l’harmonie et à l’équilibre internes des populations concernées. Ainsi, en conformité avec les décrets de 1910 qui créait les chefferies indigènes, la collectivité de Bwisha a d’abord englobé les quatre anciennes provinces du Rwanda : Rugari, Gisigari, Jomba et Busanza……. la présence des Banyarwanda et l’influence du Royaume du Rwanda dans le Mushari sont très anciennes. C’est cela d’ailleurs qui a permis l’extension de la collectivité du Bwisha au Bwito ». Je ne voudrais pas noyer le lecteur sous des citations car il y a un nombre d’auteurs étrangers et congolais qui font autorité qu’il serait intéressant de consulter tels que : R. Cornevin « Histoire du Congo. 1970, R. Bourgeois « Banyarwanda et Barundi T.1, Bruxelles IRCB 1957 », A. Kagame « Un abrégé de l’histoire du Rwanda 1853-1972, 1975, Omer Mrachal, et bien d’autres.
- Avec toute la décence requise et le respect envers le peuple hunde, je pose la question suivante aux trois faussaires: est-il crédible d’affirmer que le royaume hunde couvrait un territoire d’environ 25.000 km², quand on prend en compte l’extrême faiblesse démographique des années 1890-1900, l’environnement forestier dense peu propice aux communications, et le mode de vie librement choisi d’économie de cueillette, dont le tout forme un ensemble irrémédiablement incompatible avec les exigences complexes d’administration d’un vaste territoire ? Ce n’est certainement pas crédible, l’histoire, la sociologie, et l’anthropologie le confirment. Monsieur Murairi, je suis franchement désolé, vous voulez vous bâtir un panthéon en rêvant à de vastes royaumes, à des dynasties puissantes, et, même à des batailles victorieuses épiques contre un peuple honni[19], et comme tout rêve il s’agit de fictions : vous avez le droit de rêver, même à votre âge, si cela vous fait du bien et vous console de votre rancœur dans votre retraite forcée lointaine, mais de grâce cessez de mentir, rien de tout ce que vous dites n’était possible car l’organisation politique, la démographie, et l’environnement ne pouvaient le permettre, dans aucun cas de figure, à cette époque. Je voudrais, par ailleurs ajouter ceci, et vous me le pardonnerez, puisque vous semblez friands de récits guerriers victorieux, il n’est point besoin de remonter si loin dans l’histoire et d’inventer, regarder plus près de nous en 1997 et vous serez comblé.
- Monsieur Murairi, laissez-moi vous poser une seconde question. Puisque nous, banyarwanda, n’étions pas dans le territoire de Masisi avant l’arrivée des européens : qui a sauvé les bahunde de l’extermination entre 1840 et 1865 quand ils étaient pourchassés comme du gibier, au plus fort des razzias d’esclaves, par des auxiliaires warega et wakusu venant du Maniema ? Ce ne sont pas les armées banyarwanda du Gishari commandées par le chef Ntwali, sous le règne de Mutara II Rwogera père du roi Rwabugiri, à qui ils doivent tous la vie[20] ? Combien de vos familles terrorisées se sont-elles mises à l’abri au Rwanda par villages entiers, en attendant que la campagne militaire nettoie Masisi des bandes esclavagistes ? Je vous invite à interroger les familles des notables hunde telles que les Wetemwami, Mwibiritsa, et Kayembe[21], vous serez définitivement édifié, beaucoup de ces familles étaient rentrées au Congo alors que d’autres ont préféré intégrer définitivement la nation rwandaise, cela est connu. Il est indiscutable que sans l’intervention des troupes rwandaises le nombre des bahunde serait aujourd’hui insignifiant. Pour ma part, je suis certain que ce sont des faits que vous connaissez fort bien, vu votre âge, mais que vous n’admettrez jamais car vous voulez que le mensonge devienne vérité. Oui le Gishari précolonial a existé et sachez que vous lui devez une dette impérissable[22].
Falsification en tous genres
Tentatives de modification des noms des lieux, création de pays inexistants, inversion des événements, la liste est interminable.
Voilà un territoire que vous affirmez vous appartenir exclusivement, mais où les noms des volcans, des rivières, des montagnes, des villages, etc… sont en kinyarwanda alors que les banyarwanda n’y ont jamais vécu, et vous tentez de donner des nouveaux noms dont personne n’a jamais entendu parler (cas du volcan Nyiragongo) : n’est-ce pas étrange ? Pourriez-vous expliquer par quelle miracle une langue étrangère s’est imposée dans le relief, l’hydrographie, la flore et la faune des territoires dans lesquels nous n’avons jamais vécu ?
Vous parlez par ailleurs d’un pays qui s’appellerait Ubembe, pays qui n’a jamais été mentionné dans aucune des entités administratives coloniales ou post coloniales connues, je présume qu’on peut le retrouver sans aucun doute sur vos cartes trafiquées. Si vous voulez parler du territoire de Fizi et de la région d’Itombwe peuplée par des Buyu, des Zoba, des Bembe et des Banyamulenge depuis des siècles : pourquoi une dénomination géographique exclusive au bénéfice d’une seule ethnie ? Il est pertinemment établi que cette fiction est l’invention d’un certain Philibert Bilombele, le même qui prétend que les banyamulenge seraient des réfugiés de 1937 suite à une guerre au Rwanda dont personne n’a jamais entendu parler. De telles chimères ne peuvent naître que d’un esprit omnibulé par la malveillance et le mensonge, et vous avez l’audace de vous référer à une source aussi obscène, décidément vous êtes grand amateur de contrefaçon à voir l’intensité avec laquelle vous y recourrez.
Enfin je mentionne, à mon corps défendant, un élément étranger au thème que j’ai analysé, mais que vous avez indûment introduit dans le débat. Je le fais juste pour démontrer votre duplicité : vous évoquez la perte d’un territoire de 800.000 ha par le Congo en 1910 au profit du Rwanda, mais vous mentez car c’est l’inverse qui s’est produit en 1924 : « l’année 1924 comme la dernière révision de frontières entre le Rwanda et le Congo-Belge. Celui-ci se vit attribuer un territoire du Rwanda d’une faible étendue, environ 8000 km² sic » R. Cornevin : Histoire du Congo 1970, p.77. Je m’interroge sur la raison qui vous a poussé à évoquer cela, c’est sans doute pour me faire apparaitre comme un défenseur du Rwanda, désolé Murairi je ne suis que défenseur de la vérité et de l’authenticité historique, et non falsificateur.
Epilogue
Finalement, que reste-t-il de votre édifice fallacieux maintenant que vos procédés frauduleux sont mis à nu ? Rien que l’humiliation, le discrédit, mais ce sont là des concepts qui vous sont étrangers et qui vous indiffèrent.
En faits, quelque chose de fondamental a changé, vous avez eu toujours le champ libre pour répandre votre poison tribal sans être jamais contredit, pendant plus de cinq décennies, parceque l’environnement politique y était favorable, aujourd’hui cela n’est plus possible car la vérité peut se manifester sans être réprimée, et, cela est entrain de mettre fin au règne du mensonge, vous êtes perdus car nous y travaillons ardemment.
Par-delà les divergences d’ordre historique qui nous opposent, votre assujettissement sans nuance à la vision occidentale des événements continue à vous garder captif d’une forme de régression de la pensée, à tel point que vous ne pouvez pas vous empêcher de réfléchir en termes d’ethnies au 21ème siècle car vous prenez pour irrécusables les écrits des colonisateurs, quand vous n’inventez ou déformer des écrits, sans chercher à comprendre les enjeux. Ma perception de l’histoire et de l’avenir est séparée de la vôtre par un abîme conceptuel : vous, vous avez besoin qu’un Deschamps vous situe sur une carte, vous dise où vous habitez, qu’il vous apprenne votre passé, qu’un Willaert définisse ce qui est bon ou mauvais pour vous, et qu’il trace la voie du futur à votre place ou que ces mêmes personnes valident vos choix pour que ceux-ci soient acceptables. En ce qui me concerne, cet assujettissement de l’esprit est totalement inacceptable, car ce type d’aliénation fait que vous demeurez enfermés dans un schéma de raisonnement centré sur la rivalité et la haine tribale, et c’est ce qui affaiblit aujourd’hui la RDC et la rend vulnérable à toutes sortes de pressions, de sollicitations inadmissibles, et de conflits. La vision de ce 21ème siècle vise la constitution et l’intégration de vastes ensembles économiques interdépendants, tels que l’EAC qui rendent impossibles les « conquêtes militaires » que vous dénoncez sans y croire, mais que vous brandissez à dessein comme épouvantail mobilisateur à usage ethnique.
Pour ma part, je demeure profondément attaché à la culture d’Etat et à la tradition de nation que les miens m’ont légué depuis de nombreux siècles : le tribalisme ne peut avoir aucune prise sur ma personne, et c’est cela toute notre différence.
C’est un véritable drame pour la RDC d’avoir des citoyens qui réfléchissent et agissent comme vous : au nom du Kivu votre activisme ethnique à la CNS, et l’intensité de vos conspirations pour expulser des centaines de milliers de vos compatriotes ont fini par plonger les autres provinces congolaises dans une guerre funestes, (dont les origines échappent encore aujourd’hui à beaucoup de congolais), et vous vous obstinez encore à défendre une politique primitive d’un autre âge : il est grand temps que notre pays soit libéré de ce type d’idéologie obscurantiste pour vivre pleinement dans son siècle, et assurer avec succès la transition intergénérationnelle.
Par Gaston Nganguzi Rwasamanzi
[1] Cour Suprême à Kinshasa 2006
[2] Ce mythe avait été conçu avec succès par le régime génocidaire de Kigali qui visait les tutsi hors du Rwanda, mais il fut peu après récupéré par les politiciens tribalistes du Kivu, qui l’ont étendu principalement aux tutsi du Zaïre-RDC. Aujourd’hui il s’est mué en « balkanisation » et est exploité pêlemêle contre les tutsi congolais, et surtout le Rwanda post génocide.
[3] « Quand patriotisme rime avec sectarisme, tribalisme et mensonge a l’APARECO ».
[4] Bien entendu, les auteurs sous entendent que c’est le Rwanda qui est à l’œuvre
[5] Ironiquement c’est eux qui sont accusés injustement aujourd’hui de fomenter la sécession d’une partie de cette province par ceux-là même qui militent pour des provinces tribales.
[6] Père du députéde Rutshuru Mutiri wa Bashara
[7] Neveu de Nturo dernier chef rwandophone du Kamuronsi en territoire de Masisi.
[8] Ce terme est un néologisme peu courant
[9] Première conférence de presse pour l’année 2020 de la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies en République démocratique du Congo, Leila Zerrougui :15 janvier 2020
[10] Cet évêque fut une personnalité d’une noblesse d’âme remarquable et extraordinaire dans un environnement difficile et conflictuel, jusqu’à la fin de sa vie il n’a jamais dévié de la voie de la droiture, de la probité, et du bien.
[11] Seule la France via de l’opération turquoise en 1994 a tenté pour la première fois de l’histoire du Rwanda de créer un hutuland, mais en vain.
[12] Chef-lieu du Gishari
[13] Diaire de la paroisse de Nyakariba p.14, 1947-1948
[14] Diaire de la paroisse de Nyakariba op.cit. p.15
[15] Diaire de la paroisse de Nyakariba op.cit. p.17
[16] Comparé aux chefferies hunde en termes de richesses des populations, d’hygiène, et de scolarisation c’était le jour et la nuit, et c’est ce genre de faits qui provoquent la fureur des tenants du de haine tribale.
[17] Land, Power, and Ethnic Conflict in Masisi (Congo-Kinshasa), 1940s-1994
Author(s): B. Mararo. Source: The International Journal of African Historical Studies, Vol. 30, No. 3 (1997), p. 511. Boston University African Studies Center.
[18] Mgr. Patient Kanyachumbi : Les populations du Kivu et la loi sur la nationalité. Vraie et fausse problématique 30/04/1993, A.T.R.I.O. Editions SELECT. p. 117-118
[19] Les banyarwanda
[20] Le chef Ntwali fils de Rugesimanza du clan des bega résidait à Nyamitaba colline de Kanyatsi dans la chefferie du Gishari précolonial et c’est là qu’il fut enterré aux environs de 1866. Les chasseurs d’esclaves étaient surnommés « balyoko », c-à-d mangeurs d’hommes car ceux qu’ils capturaient disparaissaient à jamais et la population croyait qu’ils avaient été mangés. Ces chasseurs venus du Maniema via Walikale effectuaient des razzias sur des villages isolés et les communautés forestières numériquement faibles et très dispersées étaient les proies idéales, le chef Ntwali lança une série d’offensives majeures qui mirent en déroute l’envahisseur esclavagiste. Les hauts faits de ce chef étaient encore l’objet d’une forte reconnaissance de la part des bahunde jusqu’au début des années 1960.
[21] Mgr. Patient Kanyamachumbi op. p.17 et p. 35 citant le Dr. Richard Kandt « Montant plus haut, sans doute vers Kingi et Kilorirwe il constate que le pays était vidé de ses habitants. Ils avaient fui la guerre des Warega vers le Bugoyi (au Rwanda) et « Ibgwischa » (= vers le Bwisha) dans l’actuelle zone de Rutshuru. La famille du mwami Bashali s’est réfugiée au Rwanda et y est restée durant plusieurs années.
[22] Alors très jeune enfant, j’ai vu une vieille dame transportée en hamac rendre visite au chef W. Bucyanayandi, celle-ci disait-on était reine d’un clan hunde et venait accomplir un rite particulier pour « invoquer l’esprit protecteur des rois du Rwanda » en reconnaissance de cet événement, on la nommait Nyiramulisi ça devait être autour des années 1953-1954.
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