KINSHASA, 10 octobre 2026 — Après Goma et Kigali, le Panel des facilitateurs de l’Union africaine a posé ses valises à Kinshasa. Depuis cette arrivée, le discours officiel congolais s’est clarifié : oui au dialogue africain, mais plus de patience pour des engagements qui restent sur le papier.
À Goma, le 5 octobre, Uhuru Kenyatta, Mokgweetsi Masisi et Sahle-Work Zewde avaient rencontré la direction de l’AFC/M23, la Monusco et des acteurs humanitaires, avant un passage à Kanyaruchinya. À Kigali, les consultations se sont poursuivies avec les autorités rwandaises. Dans sa déclaration du 7 octobre, le Panel a appelé au respect du cessez-le-feu, à la poursuite de Doha et à la protection des civils — un texte déjà analysé dans notre couverture précédente.
À Kinshasa, où Catherine Samba-Panza a rejoint le trio, les autorités ont parlé en plusieurs temps. La ministre d’État aux Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a souhaité la bienvenue au Panel et réaffirmé l’engagement de la RDC pour une « paix juste et durable ». Une séance de travail a suivi avec une délégation conduite par le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, en présence de Floribert Anzuluni, de Désiré Cashmir Kolongele et de Sumbu Sita Mambu — pour approfondir, selon le ministère, les perspectives de consolidation des initiatives diplomatiques.
Le moment le plus net est venu du chef de l’État. Le vendredi 9 octobre, à la Cité de l’Union africaine, Félix Tshisekedi a reçu les quatre anciens chefs d’État, en présence de la Première ministre Judith Suminwa et de ministres sectoriels. Selon la Présidence, il a réaffirmé l’engagement de la RDC dans les processus de Washington et de Doha, tout en insistAnt sur une application « concrète et vérifiable » des engagements encore non tenus sur le terrain. Avant l’audience, Kinshasa annonçait déjà que le président exposerait les avancées et les « actes de bonne foi » du gouvernement.
Ce que dit ce séjour, au-delà du protocole : Goma a ouvert le contact avec l’AFC/M23 ; Kigali a placé la médiation face à Kigali ; Kinshasa, elle, fixe la barre. Les autorités congolaises ne rejettent pas la tournée du Panel ; elles en font le lieu d’une exigence. Tant que les armes et les déplacements de population restent le quotidien de l’Est, le discours diplomatique, pour Kinshasa, ne vaut que s’il se traduit en actes contrôlables.
Au moment de cette rédaction, aucune annonce publique de départ du Panel hors de Kinshasa n’avait encore circulé ; la Présidence présente toujours la séquence comme une mission de consultation de 72 heures.
Paulin Kibando
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