Groupe de presse TIC-TAC — propriété de STICK RDC SARLU

TIC-TAC HEBDO

L’hebdomadaire, qui informe, analyse et décrypte l’actualité, pour une information au-delà des faits.

AfriqueAnalysesPolitique

RDC : après Goma, le Panel de l’UA livre ses conclusions et poursuit ses consultations à Kigali

Un jour après avoir quitté Goma sans avoir immédiatement rendu publiques les conclusions de ses consultations, le Panel des facilitateurs de l’Union africaine a finalement livré son message : respect du cessez-le-feu, poursuite de bonne foi du processus de Doha, protection des civils et coopération avec les mécanismes de vérification. Dans le même temps, Sahle-Work Zewde, Uhuru Kenyatta et Mokgweetsi Masisi ont poursuivi leur tournée à Kigali, où leurs consultations avec les autorités rwandaises placent désormais la mission au cœur des différents niveaux de la crise. Après Goma, le communiqué du Panel permet surtout de mieux interroger la place que l’UA entend occuper entre Doha, Washington, Kinshasa, Kigali et l’AFC/M23.

Consultations à Kigali — Panel des facilitateurs de l’UA
Consultations diplomatiques à Kigali autour du processus de paix dans l’Est de la RDC — Panel des facilitateurs de l’Union africaine.

Un jour après avoir quitté Goma sans avoir immédiatement rendu publiques les conclusions de ses consultations, le Panel des facilitateurs de l’Union africaine a finalement livré son message : respect du cessez-le-feu, poursuite de bonne foi du processus de Doha, protection des civils et coopération avec les mécanismes de vérification. Dans le même temps, Sahle-Work Zewde, Uhuru Kenyatta et Mokgweetsi Masisi ont poursuivi leur tournée à Kigali, où leurs consultations avec les autorités rwandaises placent désormais la mission au cœur des différents niveaux de la crise. Après Goma, le communiqué du Panel permet surtout de mieux interroger la place que l’UA entend occuper entre Doha, Washington, Kinshasa, Kigali et l’AFC/M23.

Le communiqué publié mercredi 7 octobre est d’autant plus important qu’il intervient après le silence qui avait accompagné la sortie de Goma. Le 5 octobre, le Panel avait rencontré la direction de l’AFC/M23 conduite par Corneille Nangaa, mais aussi des représentants de la MONUSCO, d’OCHA, du CICR et du Mécanisme conjoint élargi de vérification Plus. La délégation avait ensuite poursuivi ses observations sur le terrain, notamment dans le territoire de Nyiragongo, avant de quitter Goma. Ce n’est donc qu’après cette étape que l’Union africaine a officiellement précisé ce qu’elle retenait de ces consultations.

Dans sa déclaration, le Panel réaffirme que la recherche d’une paix durable passe par le dialogue politique et demande aux parties de poursuivre « de bonne foi » le processus de Doha. Il appelle également au strict respect du cessez-le-feu, à une pleine coopération avec les mécanismes de vérification et à l’abstention de toute action susceptible de compromettre les efforts de paix. Les facilitateurs insistent parallèlement sur la protection des civils, particulièrement des femmes et des filles, sur l’accès humanitaire et sur la préservation des services essentiels et des infrastructures éducatives.

Le contenu du communiqué apporte ainsi une première réponse à la question laissée ouverte au départ de Goma, mais il en soulève une autre. En renvoyant lui-même les parties au processus de Doha, le Panel confirme qu’il ne cherche pas à ouvrir une nouvelle négociation concurrente entre Kinshasa et l’AFC/M23. Doha demeure le cadre des discussions directes entre les deux parties, tandis que Washington porte le volet interétatique entre la RDC et le Rwanda. L’Union africaine semble donc chercher davantage à relier ces différentes initiatives, à maintenir le dialogue avec l’ensemble des protagonistes et à faire remonter leurs positions vers la médiation conduite par le président togolais Faure Gnassingbé.

C’est dans cette logique que l’étape de Kigali prend toute son importance. Après avoir parlé directement avec l’AFC/M23 à Goma, les facilitateurs ont poursuivi leurs consultations avec les autorités rwandaises, notamment avec le ministre des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe. Une rencontre au niveau du président Paul Kagame, si elle est officiellement confirmée, donnerait encore davantage de poids politique à cette séquence : le Panel aurait ainsi quitté le territoire contrôlé par l’AFC/M23 pour porter ses consultations directement auprès du sommet de l’État rwandais, avant la poursuite annoncée de la mission vers Kinshasa.

Mais la multiplication des rencontres de haut niveau ne suffira pas à elle seule à déterminer l’efficacité de cette médiation. Le communiqué de Goma contient des principes déjà largement présents dans les différents processus : cessez-le-feu, dialogue politique, protection des civils et respect des engagements. L’enjeu sera désormais de savoir ce que les facilitateurs auront obtenu ou compris de différent à Goma et à Kigali, quelles propositions ils transmettront au médiateur de l’Union africaine et au gouvernement congolais, et surtout comment ces consultations pourront débloquer des questions que Doha et Washington n’ont pas encore réglées.

Le Panel a donc finalement parlé après Goma, et son communiqué permet de comprendre un peu mieux son positionnement : accompagner plutôt que remplacer les processus existants. Après Kigali et avant la suite de la tournée, une question demeure cependant entière : quelle valeur ajoutée concrète l’Union africaine peut-elle apporter à une architecture diplomatique déjà occupée par Doha et Washington ? La réponse ne viendra probablement plus des communiqués ni du nombre de rencontres, mais des engagements que cette diplomatie africaine parviendra à transformer en résultats vérifiables sur le terrain.

KIBANDO PAULIN
TIC-TAC HEBDO — Au-delà des faits

Partager
WhatsApp X

Paulin Kibando

Contributeur

Équipe éditoriale de TIC-TAC HEBDO, média congolais basé à Goma.

paulinkibando@gmail.com

Voir tous les articles de Paulin Kibando →

Commentaires

Laisser un commentaire