Une même rentrée scolaire, mais deux crises différentes au Nord-Kivu : à Walikale et Masisi, les écoles et les familles des zones d’accueil sont appelées à faciliter l’intégration des enfants contraints de quitter leurs villages à cause des combats, tandis qu’à Beni et Butembo, où la rentrée reste officiellement maintenue, la maladie à virus Ebola, les inquiétudes des parents et le mouvement des enseignants perturbent le retour normal des élèves dans les salles de classe.
À Walikale et Masisi, l’école appelée à suivre les enfants déplacés par la guerre
Dans la province éducationnelle Nord-Kivu 3, qui couvre notamment Masisi et Walikale, 118 767 élèves, dont 50 399 filles, se sont présentés dans les douze sous-divisions au début de la rentrée scolaire, mais cette reprise intervient dans un contexte où les affrontements continuent de déplacer des familles et de désorganiser la fréquentation des écoles dans plusieurs localités. À Kisimba notamment, des mouvements de population vers Pinga, Kalembe et d’autres zones plus sûres ont également entraîné des enfants en âge scolaire, poussant les responsables éducatifs à demander aux établissements et aux communautés d’accueil de faciliter leur intégration afin que le déplacement provoqué par la guerre ne se transforme pas automatiquement en interruption de leur année scolaire.
Cette orientation signifie concrètement qu’un enfant ayant fui son village avec sa famille ne devrait pas nécessairement attendre son retour pour reprendre les cours, puisqu’il peut être orienté vers une école située dans sa nouvelle communauté d’accueil. Mais cette solution fait apparaître un autre défi : plusieurs familles déplacées arrivent avec peu de moyens, parfois sans fournitures ou documents scolaires immédiatement disponibles, tandis que les écoles qui doivent les recevoir disposent elles-mêmes de ressources limitées et doivent absorber des effectifs supplémentaires.
À Beni et Butembo, Ebola complique une rentrée pourtant maintenue
À Beni et Butembo, la situation est différente puisque les enfants ne sont pas nécessairement éloignés de leurs écoles par les déplacements de guerre, mais la présence d’Ebola introduit une autre inquiétude au moment où des milliers d’élèves devraient reprendre normalement les cours. À Beni, la rentrée a notamment été marquée par une faible présence dans plusieurs établissements et le renforcement des mesures sanitaires, notamment le lavage des mains, tandis qu’à Butembo certaines écoles ont également enregistré une fréquentation réduite sur fond de craintes et de rumeurs liées à l’épidémie.
Il faut toutefois distinguer cette situation d’une suspension générale de la rentrée par le gouvernement : les autorités nationales ont maintenu la reprise avec un dispositif adapté aux zones concernées par Ebola, alors que l’Intersyndicale des enseignants du Nord-Kivu II a, de son côté, appelé au boycott des activités dans plusieurs écoles publiques et conventionnées en avançant notamment la situation sanitaire, l’insécurité et d’autres revendications professionnelles. Cette combinaison entre inquiétudes sanitaires, faible fréquentation et mouvement des enseignants suffit néanmoins à fragiliser la continuité scolaire dans une partie de Beni et Butembo.
Une province, deux crises et le même risque de perdre des semaines d’école
Le contraste résume une partie du défi éducatif actuel au Nord-Kivu : à Walikale et Masisi, certaines écoles doivent accueillir davantage d’enfants parce que la guerre les a chassés de leurs villages ; à Beni et Butembo, les établissements existent et la rentrée est officiellement maintenue, mais Ebola impose des précautions supplémentaires et nourrit les inquiétudes autour de la fréquentation scolaire. Dans les deux situations, ce sont finalement les enfants qui risquent d’accumuler des retards si les mécanismes permettant de poursuivre les cours ne suivent pas suffisamment rapidement l’évolution de la crise sécuritaire à l’ouest et de la situation sanitaire au nord.
Cette rentrée 2026-2027 montre ainsi que maintenir l’école au Nord-Kivu ne consiste plus seulement à ouvrir les salles de classe à une date fixée sur le calendrier national, mais aussi à permettre à l’enfant déplacé de retrouver une école là où sa famille trouve refuge et, dans les zones touchées par Ebola, à créer les conditions sanitaires capables de rassurer suffisamment parents, élèves et enseignants pour maintenir les cours. Entre déplacements de guerre et menace épidémique, la continuité de l’éducation devient elle-même un enjeu de résilience pour toute la province.
Redaction
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