KINSHASA/GOMA, 1er septembre 2026 — L’influenceuse congolaise Denise Mukendi Dusauchoy est signalée à Kinshasa depuis la soirée du lundi 31 août par plusieurs sources médiatiques concordantes, moins de deux jours après son arrestation en Tanzanie. Si son arrestation a été officiellement confirmée par le ministère congolais de la Justice, son arrivée dans la capitale n’a cependant pas encore fait l’objet, à notre connaissance, d’une confirmation officielle comparable.
Cette nuance est importante.
Certaines publications ont présenté des photographies comme les « premières images » de son arrivée à l’aéroport international de N’Djili. La vérification de TIC-TAC HEBDO montre cependant que ces images ne permettent pas d’établir une telle affirmation : l’une est une photographie générique d’un tarmac créditée AFP/Getty Images, tandis qu’une autre photographie de Denise Dusauchoy circulait déjà avant les événements actuels.
Il existe donc, à cette heure, une différence entre une information largement rapportée et recoupée par plusieurs médias et une confirmation institutionnelle ou une preuve visuelle authentifiée de son arrivée à Kinshasa.
Cette situation n’empêche cependant pas une autre question de refaire surface : celle du sort de Béni Mukena, arrêté plusieurs semaines auparavant à Brazzaville dans le cadre de l’affaire du meurtre de Vally Amisi.
Deux arrestations à l’étranger, deux temporalités
Denise Dusauchoy a été arrêtée le 30 août 2026 en Tanzanie en exécution d’un mandat d’arrêt émis par la justice congolaise. Dès le lendemain, le ministère de la Justice confirmait officiellement son arrestation et saluait la collaboration des autorités tanzaniennes.
Quelques heures plus tard, plusieurs médias congolais annonçaient déjà son transfert et son arrivée à Kinshasa.
À quelques centaines de kilomètres de là, une autre affaire attend toujours des éclaircissements.
Béni Mukena, principal suspect dans l’affaire Vally Amisi, avait été arrêté à Brazzaville au début du mois d’août. Son arrestation avait également été annoncée et les démarches devant conduire à son transfèrement vers Kinshasa évoquées.
Plusieurs semaines après, aucune information officielle comparable ne permet encore d’établir publiquement son arrivée à Kinshasa.
Les deux procédures ne sont évidemment pas nécessairement identiques. Les infractions poursuivies, les mandats délivrés ainsi que les mécanismes de coopération judiciaire entre la RDC, la Tanzanie et la République du Congo peuvent obéir à des cadres différents.
Mais la différence de temporalité est suffisamment importante pour susciter des interrogations.
Pourquoi le dossier Denise Dusauchoy semble-t-il avoir connu une accélération spectaculaire alors que celui de Béni Mukena demeure entouré d’incertitudes plusieurs semaines après son arrestation ?
L’affaire Vally Amisi et des déclarations qui rendent le silence préoccupant
Cette question prend davantage de poids au regard des déclarations attribuées à Béni Mukena après son interpellation.
Dans une séquence largement diffusée après son arrestation, celui-ci s’est exprimé sur les circonstances entourant la mort de Vally Amisi et a notamment évoqué une arme qui lui aurait été remise ainsi que des instructions qu’il aurait reçues.
Il aurait également exprimé des craintes concernant sa famille lorsqu’il était question d’identifier d’autres personnes susceptibles d’être impliquées.
Ces déclarations ne constituent pas, à elles seules, des conclusions judiciaires. Les responsabilités doivent être établies par les enquêteurs et, éventuellement, par une juridiction compétente. Béni Mukena reste soumis au principe de la présomption d’innocence tant qu’une décision judiciaire définitive n’est pas intervenue.
Mais précisément parce que ces déclarations peuvent orienter l’enquête vers d’autres responsabilités, la question de sa situation actuelle et de son transfèrement mérite une réponse claire des autorités.
Denise et le Kivu : une histoire qui ne commence pas avec l’AFC/M23
Pour les habitants du Kivu, le nom de Denise Dusauchoy ne commence pas avec son récent rapprochement avec l’AFC/M23.
Plusieurs années auparavant, elle avait provoqué une vive polémique à la suite de propos jugés offensants envers les femmes de l’Est de la République démocratique du Congo.
L’affaire avait suscité une importante indignation et avait dépassé le cadre des réseaux sociaux pour atteindre les institutions.
Mais plusieurs années plus tard, Denise Dusauchoy avait choisi de revenir précisément dans cette partie du pays.
En janvier 2026, elle s’était rendue à Goma où elle avait publiquement demandé pardon aux femmes de l’Est.
Devant des femmes réunies à la Maison de la femme, elle avait reconnu ses erreurs et présenté une démarche de réconciliation. À genoux et en larmes, elle avait demandé à celles qui s’étaient senties offensées de lui accorder leur pardon.
Son séjour à Goma avait également marqué une nouvelle étape personnelle de son parcours, dans une ville avec laquelle elle entretenait désormais des liens beaucoup plus étroits.
Cette séquence est importante pour comprendre la trajectoire de Denise Dusauchoy : celle qui avait autrefois profondément divisé l’opinion dans le Kivu était revenue plusieurs années plus tard solliciter publiquement le pardon.
Elle s’est ensuite rapprochée de l’AFC/M23 et a adopté des positions de plus en plus critiques envers le pouvoir de Kinshasa.
Aujourd’hui, c’est précisément la justice de Kinshasa qui la réclame.
Une arrestation officiellement confirmée, une arrivée qui ne l’est pas encore
Il faut cependant éviter de transformer les informations disponibles en certitudes qu’elles ne permettent pas encore d’établir.
Le ministère de la Justice a confirmé l’arrestation de Denise Dusauchoy en Tanzanie.
Plusieurs médias concordants la signalent désormais à Kinshasa.
Mais le même ministère n’a pas encore officiellement annoncé son transfèrement ou son arrivée dans la capitale, du moins au moment de la publication de cet éditorial.
Et les photographies présentées par certaines publications comme celles de son arrivée à N’Djili ne résistent pas à une vérification approfondie.
TIC-TAC HEBDO considère donc son arrivée à Kinshasa comme une information fortement recoupée mais qui demeure, à cette heure, sans confirmation institutionnelle directe.
Cette prudence n’enlève rien à la question fondamentale.
Où est Béni Mukena ?
Si Denise Dusauchoy est effectivement déjà entre les mains des autorités congolaises à Kinshasa, comment expliquer qu’une procédure engagée après son arrestation du 30 août ait pu avancer aussi rapidement alors que plusieurs semaines se sont écoulées depuis l’arrestation de Béni Mukena à Brazzaville ?
Existe-t-il un obstacle juridique à son transfèrement ?
Les autorités de Brazzaville ont-elles posé des conditions particulières ?
La justice congolaise attend-elle encore certains actes de procédure ?
Ou Béni Mukena a-t-il déjà été transféré sans communication publique ?
Ces questions ne constituent pas des accusations.
Elles appellent simplement des réponses.
Et dans une affaire de meurtre où le principal suspect arrêté à l’étranger a fait des déclarations susceptibles d’intéresser directement l’enquête, le silence prolongé ne peut qu’alimenter les interrogations de l’opinion.
La célérité observée dans le dossier Denise Dusauchoy offre désormais une raison supplémentaire aux autorités judiciaires de préciser publiquement où en est l’affaire Vally Amisi.
Deux citoyens recherchés par la justice congolaise. Deux arrestations à l’étranger. Deux procédures de coopération judiciaire.
Et, jusqu’ici, deux temporalités radicalement différentes.
Pourquoi ?
KIBANDO PAULIN
TIC-TAC HEBDO — Au-delà des faits
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