KINSHASA, 2 novembre 2026 — La dissolution du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) continue de provoquer des réactions au sein de ses instances dirigeantes. Dans une déclaration datée du 30 octobre 2026, plusieurs membres de son Bureau politique contestent la décision du Conseil d’État, qu’ils qualifient de « monstruosité juridique » et de menace pour le pluralisme politique en République démocratique du Congo. Les signataires remettent notamment en question la compétence de cette juridiction pour prononcer la dissolution d’un parti politique et réclament la libération de plusieurs de leurs cadres.
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Le Conseil d’État au cœur de la contestation juridique
Dans leur déclaration intitulée « 30 octobre 2026 : un jour sombre pour le pluralisme politique et la démocratie », les membres du Bureau politique expriment leur indignation face à la décision ayant prononcé la dissolution du PPRD.
Leur première ligne de contestation concerne la compétence du Conseil d’État. S’appuyant notamment sur les articles 6 et 8 de la Constitution, l’article 31 de la loi n° 04/002 du 15 mars 2004 relative aux partis politiques ainsi que la loi organique du 15 octobre 2016 portant organisation, compétence et fonctionnement des juridictions de l’ordre administratif, les signataires soutiennent que le Conseil d’État ne disposerait pas du pouvoir de dissoudre une formation politique.
Ils estiment ainsi que la décision rendue dépasse les prérogatives de la juridiction administrative et porte atteinte aux principes constitutionnels encadrant la liberté d’association et le pluralisme politique.
Pour appuyer leur position, ils concluent leur argumentation par une formule sans équivoque : « Dans un État de droit, la loi est au-dessus du pouvoir, et non l’inverse ! »
Cette interprétation constitue toutefois la position juridique des signataires. Elle ne suspend ni n’annule, à elle seule, l’arrêt rendu par le Conseil d’État.
Le PPRD dénonce une réduction de l’espace démocratique
Au-delà de la question de compétence juridictionnelle, le Bureau politique inscrit la dissolution dans ce qu’il présente comme une succession de mesures visant à réduire l’espace politique de l’opposition.
La déclaration rappelle les suspensions antérieures des activités du PPRD, intervenues notamment les 19 avril et 18 octobre 2025. Les signataires évoquent également des arrestations, des condamnations à mort et des poursuites judiciaires qu’ils considèrent comme ayant un caractère politique.
Ils développent ensuite une critique plus générale du fonctionnement institutionnel du pays, évoquant une dérive autoritaire, la nomination des juges, l’évolution de la majorité politique après les élections de décembre 2023 et le risque d’une concentration du pouvoir autour d’un parti dominant.
Dans cette lecture, la dissolution du PPRD dépasserait le cadre d’une procédure visant une organisation politique particulière. Elle constituerait, selon eux, un précédent susceptible d’affecter l’ensemble du système démocratique congolais.
Les signataires invoquent l’histoire politique du PPRD
Pour défendre la place de leur formation dans l’histoire politique de la RDC, les membres du Bureau politique rappellent le rôle qu’ils attribuent au PPRD dans le processus de paix de Sun City, l’élaboration de la Constitution de 2006 et les différents cycles électoraux de 2006, 2011 et 2018.
Ils évoquent également la transition politique de janvier 2019 pour souligner la contribution de leur famille politique à l’évolution institutionnelle du pays.
La déclaration établit par ailleurs une comparaison avec le Congrès national africain (ANC) de Nelson Mandela, qui avait connu une période d’interdiction avant de devenir l’une des principales forces politiques de l’Afrique du Sud.
À travers cette référence, les signataires défendent l’idée qu’une décision administrative ou judiciaire peut mettre fin à l’existence légale d’une organisation sans nécessairement effacer son histoire, ses convictions ni l’attachement de ses militants.
Cette argumentation rejoint une interrogation plus large : la disparition juridique d’un parti entraîne-t-elle automatiquement la disparition de son influence politique ? Voir aussi notre analyse sur la dissolution du PPRD.
Un appel aux militants et à la communauté internationale
Dans la suite du document, les membres du Bureau politique appellent les militants à garder leur calme et à faire preuve de détermination face à la dissolution.
Ils exhortent également les fédérations du parti établies à l’étranger à maintenir leurs activités et à préserver les liens avec la famille politique.
Sur le plan diplomatique, ils interpellent plusieurs organisations internationales et régionales, notamment les Nations unies, l’Union africaine, la SADC, la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), la CEEAC, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) et l’Union européenne.
Les signataires leur demandent de ne pas cautionner, par leur silence, ce qu’ils considèrent comme une dérive institutionnelle et une volonté de prolonger le pouvoir au-delà des limites constitutionnelles.
Ils réclament également la cessation des mesures qu’ils qualifient de répressives ainsi que la levée des suspensions visant douze autres partis politiques.
Cinq personnalités citées parmi les cadres dont la libération est réclamée
La déclaration aborde aussi la situation de plusieurs personnalités que ses auteurs présentent comme détenues arbitrairement.
Parmi les noms mentionnés figurent Aubin Minaku Ndjalandjoko, Emmanuel Ramazani Shadary, Dunia Kilanga, Onassis Kavul et Parole Kamizelo.
Le Bureau politique demande leur libération et dénonce ce qu’il considère comme une instrumentalisation de la justice à des fins politiques.
Ces revendications s’inscrivent dans la contestation générale de la procédure ayant conduit à la dissolution du parti.
Quatorze responsables signent la déclaration
Le document de quatre pages porte les signatures manuscrites de quatorze membres présentés comme appartenant au Bureau politique du PPRD.
Il s’agit de Henri Mova Sakanyi, Moïse Ekanga Lushyma, Richard Muyej Mangeze, Jocelyne Ngoie Nkulu, Néhémie Mwilanya Wilondja, Francine Muyumba Nkanga, André Kimbuta Yango, Gaston Musemena Bongala, Willy Bolio Emina Mpa Rewil, Patience Baseagandi, Michael Sakombi, Wivine Mumba Matipa, François Nzekuye Kaburabuza et Papy Pungu Lwamba.
La déclaration, établie au nom des membres du Bureau politique, est datée du 30 octobre 2026.
Entre décision judiciaire et contestation politique
La position du Bureau politique intervient après l’arrêt du Conseil d’État du 30 octobre 2026, saisi par le ministère de l’Intérieur, qui a prononcé la dissolution du PPRD dans un contexte de tensions politiques et sécuritaires autour de Joseph Kabila et de son rapprochement avec l’AFC/M23, aujourd’hui associée au FRN (Radio Okapi, ACP).
Du côté du gouvernement, la dissolution est présentée comme une mesure destinée à défendre l’ordre public et l’intégrité territoriale du pays.
Sur la question de la compétence juridictionnelle, Me Jean-Laure Liongo, avocat au barreau de Kinshasa-Matete, a expliqué à l’Agence congolaise de presse (ACP) que le Conseil d’État aurait hérité des attributions administratives autrefois exercées par la Cour suprême de justice. Selon cette lecture, l’arrêt est exécutoire, même si des voies de recours extraordinaires demeurent envisageables.
Deux lectures juridiques s’opposent donc autour de la portée des compétences du Conseil d’État et de la procédure de dissolution. La déclaration du Bureau politique ne constitue cependant pas une décision juridictionnelle susceptible de remettre automatiquement en cause l’arrêt.
Une contestation qui dépasse les frontières de Kinshasa
Après la réaction de la fédération provinciale du PPRD au Nord-Kivu (notre article), cette nouvelle déclaration montre que la contestation de la dissolution s’étend désormais à des responsables de l’instance politique nationale.
La formule finale du document, « Ils ont dissous le PPRD, vive le PPRD ! », résume la posture adoptée par ses signataires : reconnaître la décision comme un fait judiciaire tout en refusant d’en accepter la portée politique et historique.
La question demeure désormais celle de l’avenir de cette famille politique. Ses responsables pourront-ils maintenir une mobilisation autour de leur identité historique sans disposer du statut légal de parti ? Les différentes fédérations suivront-elles la même ligne ? Et cette contestation débouchera-t-elle sur des démarches judiciaires ou sur une recomposition politique avant les prochaines échéances électorales ?
Pour l’heure, le Conseil d’État a prononcé la dissolution et le Bureau politique refuse d’en reconnaître la légitimité. Entre la décision de justice et la résistance politique de ses anciens dirigeants, le débat sur l’avenir du PPRD reste ouvert.
Paulin Kibando
TIC-TAC HEBDO — Au-delà des faits
Sources : déclaration des membres du Bureau politique du PPRD (30 octobre 2026, 4 pages) — PDF ; document relayé via Facebook / Pamela Grâce – Éveil243 TV ; Radio Okapi ; ACP ; ACP (Me Liongo) ; TIC-TAC HEBDO (dissolution) ; TIC-TAC HEBDO (Nord-Kivu).
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