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Frais scolaires au Nord-Kivu : ce que les parents doivent réellement payer en 2026-2027

Pour les parents dont les enfants fréquentent les établissements privés agréés, une autre précision est essentielle : la gratuité de l’enseignement primaire ne s’applique pas aux écoles privées agréées, ni aux établissements publics non budgétisés.

Frais scolaires au Nord-Kivu : ce que les parents doivent réellement payer en 2026-2027

Goma, 2 septembre 2026 — À chaque rentrée scolaire, la même question revient dans les familles : combien faudra-t-il payer cette année pour maintenir son enfant à l’école ? Au Nord-Kivu, la question prend une importance particulière avec l’entrée en vigueur de l’arrêté provincial du 28 août 2026 fixant les frais de scolarité dans les établissements publics et privés agréés pour l’année scolaire 2026-2027.

Derrière les différents montants annoncés se trouve un texte beaucoup plus large. L’arrêté, composé de 28 articles et d’une annexe, ne fixe pas seulement des frais : il détermine également ce qu’une école peut réclamer, ce qui est désormais supprimé, les modalités de fixation de certaines contributions et les sanctions auxquelles s’exposent les responsables qui sortiraient de ce cadre.

Au primaire public, la gratuité reste officiellement maintenue

L’un des premiers points susceptibles de créer de la confusion concerne la gratuité de l’enseignement primaire.

L’arrêté ne l’abolit pas. Son article 4 place au contraire l’année scolaire 2026-2027 sous le signe de la poursuite des efforts visant la consolidation et la pérennisation de la gratuité de l’enseignement primaire.

Mais cette gratuité s’accompagne désormais d’une contribution des parents présentée comme une mesure destinée notamment à l’appui social à l’enseignant et à l’accompagnement de la gratuité.

Cette contribution doit être comprise entre 5 000 et 45 000 francs congolais par trimestre et par élève. Le chiffre de 45 000 FC ne doit donc pas être compris comme un tarif automatiquement imposé à toutes les écoles primaires publiques : il constitue le plafond fixé par l’arrêté.

Sur les sommes ainsi perçues, 1 500 FC doivent être prélevés une seule fois, au premier mois de la rentrée, au titre de l’appui au système éducatif. Après ce prélèvement, le reste est réparti entre les bureaux gestionnaires publics, qui en reçoivent 20 %, et l’école, qui conserve 80 % pour son fonctionnement et l’appui social à l’enseignant.

Les « frais de motivation » disparaissent

Cette contribution ne doit cependant pas être confondue avec les anciens frais de motivation.

Sur ce point, l’arrêté est explicite : les frais de motivation sont supprimés à tous les niveaux de l’enseignement public, du maternel au secondaire.

D’autres perceptions disparaissent également dans les établissements publics. Le texte cite notamment les frais de carnet de santé, d’enseignement à distance, de bibliothèque scolaire, d’identification et de suivi informatisé des élèves ainsi que certaines fiches d’évaluation des compétences au niveau maternel.

Pour les parents, cette distinction est fondamentale. Une somme réclamée par une école doit désormais pouvoir être rattachée à une catégorie de frais prévue par l’arrêté et non simplement être présentée sous une appellation héritée des années précédentes.

Minerval, bulletin et infrastructures : des montants précis

D’autres contributions sont directement chiffrées par l’autorité provinciale.

Les frais d’appui au développement des infrastructures scolaires sont fixés à 5 000 FC par élève et par an. Ils doivent être payés au premier mois du premier trimestre et sont destinés notamment à la réhabilitation des infrastructures existantes ou à la construction de nouvelles.

Dans l’enseignement maternel et secondaire public, le minerval est fixé à 1 500 FC par élève et par an. Sa perception est prévue entre le 1er septembre et le 30 octobre 2026.

Le bulletin scolaire coûte 1 000 FC par an, aussi bien dans les établissements publics que dans les écoles privées agréées.

Quant aux activités sportives et parascolaires, la contribution est fixée à 200 FC par élève et par an.

Au secondaire, toutes les écoles ne demanderont pas nécessairement la même somme

La situation devient différente au maternel et au secondaire publics.

Pour les frais destinés au fonctionnement de l’établissement et à l’appui aux besoins de l’enseignant, l’arrêté prévoit une fixation tenant compte des réalités socio-économiques du milieu.

Le montant doit se situer entre 8 000 FC et 240 000 FC.

Mais le chef d’établissement ne peut pas, selon le mécanisme prévu dans le texte, simplement choisir seul une somme à réclamer aux parents. La fixation doit passer par les organes de gestion de l’école, notamment le Conseil de gestion, et être approuvée par l’Assemblée générale des parents en présence d’un représentant du pouvoir public.

Sur les sommes perçues dans ce cadre, 17 % reviennent aux bureaux gestionnaires publics et 83 % restent à l’école pour son fonctionnement et l’appui social à l’enseignant.

C’est donc ici que les montants peuvent sensiblement varier d’un établissement à l’autre.

Les élèves des filières techniques ont des frais particuliers

L’arrêté réserve également un régime particulier à l’enseignement technique.

Pour certaines options comme le commercial et gestion, le social, le tourisme, l’hôtesse d’accueil ou le secrétariat, les frais techniques sont fixés à 10 000 FC par trimestre et par élève.

Ils passent à 20 000 FC par trimestre pour des filières comme l’agriculture générale, la vétérinaire, la nutrition, la foresterie, la pêche et élevage ou l’hôtellerie.

La troisième catégorie atteint 30 000 FC par trimestre. Elle comprend notamment la technique industrielle, l’électronique, l’électricité générale, la menuiserie, la pétrochimie, l’aviation civile, la construction ainsi que la coupe et couture.

Autrement dit, deux familles ayant chacune un enfant au secondaire peuvent se retrouver avec des charges différentes selon l’option fréquentée.

Les écoles privées restent dans une situation différente

Pour les parents dont les enfants fréquentent les établissements privés agréés, une autre précision est essentielle : la gratuité de l’enseignement primaire ne s’applique pas aux écoles privées agréées, ni aux établissements publics non budgétisés.

Dans ces établissements, les frais sont déterminés par les promoteurs et chefs d’établissement en concertation avec le comité des parents, les représentants des enseignants et les pouvoirs publics, en tenant compte de la situation socio-économique du milieu.

L’arrêté exige également qu’un procès-verbal de l’Assemblée générale ayant adopté les frais soit transmis à l’autorité compétente.

Il va même jusqu’à préciser la destination d’une partie de l’argent perçu dans le privé. Pour les frais d’appui aux besoins des enseignants, 60 % doivent revenir aux enseignants, 30 % au promoteur et 10 % au fonctionnement quotidien de l’établissement.

Internat et transport scolaire ne peuvent pas être imposés n’importe comment

Certaines écoles proposent également un internat ou organisent le transport des élèves.

Là encore, l’arrêté ne fixe pas un prix identique pour l’ensemble du Nord-Kivu. Ces frais doivent être déterminés conjointement par la direction scolaire, le comité des parents et le représentant des pouvoirs publics, en tenant compte des réalités socio-économiques locales.

Plus important encore pour les familles, le texte considère comme sanctionnable le fait de contraindre les parents à recourir au transport collectif organisé par l’établissement.

La même logique s’applique à certaines pratiques commerciales : les parents ne doivent pas être contraints d’acheter les fournitures scolaires, uniformes ou autres biens directement au sein de l’établissement.

Une quittance doit accompagner chaque paiement

Au milieu de toutes ces dispositions, une règle devrait être particulièrement facile à retenir pour les parents : chaque paiement doit donner lieu à une quittance.

L’article 3 impose en effet aux directions des établissements scolaires de délivrer une preuve pour tout paiement effectué au titre des frais de scolarité.

Cette obligation permet au parent de connaître la somme versée, mais surtout de conserver la preuve de ce qu’il a effectivement payé.

L’arrêté encadre également la question délicate des enfants dont les parents connaissent un retard de paiement. Il sanctionne notamment l’interdiction d’accès aux salles de classe pour retard de paiement lorsque l’établissement n’a pas préalablement procédé à une sensibilisation.

Des sanctions sont prévues contre les frais non autorisés

Le texte ne se limite pas à fixer les montants. Il prévoit également des sanctions contre les gestionnaires qui exigeraient des frais autres que ceux prévus.

Dans l’enseignement public, les responsables concernés peuvent s’exposer à des sanctions disciplinaires et judiciaires.

Pour les établissements privés agréés, l’arrêté prévoit notamment la possibilité d’une mise sous gestion officielle. En cas de récidive, le retrait de l’arrêté de création et d’agrément est envisagé, avec orientation des élèves concernés vers d’autres établissements de proximité.

Des exemptions pour certains enfants d’enseignants

L’arrêté introduit enfin des dispositions particulières en faveur des enfants d’enseignants.

Sous les conditions prévues par le texte, jusqu’à deux enfants d’un enseignant du primaire public fréquentant le secondaire ou les humanités publics peuvent bénéficier d’une exemption totale des frais scolaires.

Une mesure comparable existe pour jusqu’à deux enfants d’enseignants du secondaire et des humanités publics lorsqu’ils fréquentent le primaire public, concernant les frais d’appui social à l’enseignant.

Ces bénéficiaires ne peuvent toutefois représenter plus de 10 % de l’effectif de l’établissement concerné.

Au-delà des faits : savoir pourquoi l’on paie devient aussi important que savoir combien payer

L’arrêté du 28 août 2026 montre finalement que parler d’un seul chiffre pour définir les frais scolaires au Nord-Kivu serait trompeur.

Un enfant du primaire public, un élève du secondaire général, un étudiant d’une option technique et un enfant inscrit dans une école privée ne sont pas soumis exactement au même régime.

La gratuité du primaire public demeure affirmée dans le texte, mais elle cohabite avec une contribution d’accompagnement comprise entre 5 000 et 45 000 FC par trimestre. Les frais de motivation sont, eux, explicitement supprimés. D’autres contributions demeurent autorisées et certaines varient selon le niveau, l’option ou l’établissement.

Pour les parents, le meilleur moyen de s’y retrouver pourrait donc tenir en trois questions très simples : quel frais me demande-t-on ? Quel article ou quelle décision autorise ce montant ? Et où est ma quittance ?

Car au-delà du coût de la rentrée scolaire 2026-2027, l’un des enjeux de cet arrêté sera désormais son application effective dans les écoles de Goma et du Nord-Kivu.

KIBANDO PAULIN
TIC-TAC HEBDO — Au-delà des faits

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