À Goma, un produit vendu à 10 000 francs congolais peut coûter davantage lorsque l’acheteur présente des billets usés. Certains vendeurs négocient à la baisse la valeur de ces coupures et réclament un supplément pour accepter le paiement, malgré l’appel de la mairie à ne plus les refuser. Une pratique qui réduit directement le pouvoir d’achat des ménages concernés.
La négociation ne porte plus seulement sur le prix de la marchandise, mais également sur la valeur de l’argent présenté pour l’acheter. Une fois le montant convenu, l’état des coupures peut remettre la transaction en discussion : le commerçant estime que les billets usés ne valent pas pleinement leur montant inscrit et demande à l’acheteur de compléter la somme. Le même produit devient alors plus cher selon les billets utilisés pour le payer.
Pour le consommateur, cette différence représente une perte concrète. Celui qui dispose des 10 000 FC nécessaires à son achat peut se retrouver dans l’impossibilité de le conclure, parce que le vendeur réclame davantage en raison de l’usure des coupures. Il doit alors ajouter de l’argent, chercher des billets mieux conservés ou se tourner vers un autre commerce qui acceptera son paiement sans supplément.
Les commerçants invoquent la difficulté de remettre ces billets en circulation, notamment auprès de leurs fournisseurs, qui peuvent également les refuser ou en négocier la valeur. La perte qu’ils craignent de subir est ainsi répercutée sur l’acheteur. Les coupures continuent de circuler, mais leur utilisation s’accompagne d’une décote qui se transmet d’une transaction à l’autre.
L’appel de la mairie de Goma à ne plus refuser les billets usés visait à faciliter les échanges et à protéger la population contre ces blocages. Pourtant, accepter une coupure tout en réduisant sa valeur ne règle pas le problème : le billet passe effectivement d’une main à l’autre, mais son détenteur doit dépenser davantage pour obtenir une marchandise dont le prix était initialement fixé.
Cette pratique pénalise les ménages concernés, particulièrement lorsque leur budget ne permet pas de couvrir le supplément demandé. La hausse ne se retrouve pas nécessairement sur le prix affiché du produit ; elle apparaît au moment du règlement. Deux clients peuvent ainsi payer des montants différents pour la même marchandise, selon l’état de leurs billets.
La difficulté appelle donc une réponse qui dépasse la seule acceptation des coupures : leur valeur doit aussi être préservée dans les transactions, tandis qu’une possibilité accessible de remplacer les billets détériorés permettrait de rassurer les commerçants. Tant que leur remise en circulation reste incertaine, les billets usés risquent de continuer à coûter davantage à ceux qui les utilisent.
Anselme Syangoma
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