GOMA, 30 septembre 2026 — À Kahembe, ce n’est pas un salon de réception. C’est un terrain poussiéreux, des chaises en plastique, des tentes Vision Don Bosco, et une foule venue dire ce qui pèse sur le quotidien. Ce mercredi, le maire de Goma, Désiré Ngabo Kisuba, accompagné de son adjoint Juvénal Nshimiyimana, a tenu une visite de proximité dans le quartier.
Le déroulé est classique d’une « écoute de terrain », mais le fond l’est moins. Les habitants n’ont pas parlé d’abord d’infrastructures spectaculaires. Ils ont parlé d’argent qui ne passe plus, de routes bloquées, de marchés hors cadre, et surtout de denrées qui flambent.
Cinq griefs, un même fil : le coût de vivre à Goma
Cinq dossiers ont été posés sur la table :
- le refus de billets jugés usés dans les transactions courantes ;
- la prolifération des marchés pirates ;
- l’obstruction de la route sur les sites de l’ancien cimetière de l’ITIG, attribuée à de nouveaux acquéreurs ;
- des mouvements de population présentés comme non signalés ;
- la hausse des prix des denrées de base, notamment les haricots et les pommes de terre.
Ces points ne sont pas des détails de quartier. À Goma, où le cash circule déjà sous contrainte et où les banques n’ont pas repris un fonctionnement normal depuis l’entrée de l’AFC/M23, un billet refusé au kiosque ou au marché devient immédiatement un problème de survie. Le même grief — refus de billets déchirés ou scotchés — était déjà remonté huit jours plus tôt, le 22 septembre, lors d’une descente du maire à Kyeshero 2. Kahembe confirme que le problème n’est pas local : c’est une friction monétaire de toute la ville.
Un marché pirate n’est pas seulement une question d’ordre : c’est aussi une concurrence fiscale et sanitaire pour ceux qui paient encore une place « officielle ». Une route bouchée autour de l’ancien cimetière de l’ITIG, c’est du temps, du transport, et encore du prix sur le panier.

Les prix : le maire sort les producteurs devant la foule
Sur la flambée alimentaire, le maire a fait un choix net. Plutôt qu’un discours général, il a fait monter sur place des coordonnateurs de l’Union des producteurs et vendeurs de produits agricoles. Il leur a demandé, devant la population, des explications et des pistes concrètes.

Les représentants des producteurs avancent une cause déjà familière à l’Est : une baisse des rendements liée aux aléas climatiques. L’argument n’éteint pas la colère du marché local — haricots et pommes de terre restent des denrées de base — mais il déplace le débat : partagée entre climat, circuits d’approvisionnement, spéculation et occupation des espaces de vente, la hausse n’a pas une seule clé.
À l’issue de la rencontre, le maire a annoncé la poursuite des discussions avec les acteurs agricoles en vue d’aboutir à une régulation des prix, et promis de revenir sur les autres dossiers soulevés. Les habitants présents ont salué une démarche de proximité qui permet de faire entendre les difficultés sans passer uniquement par des communiqués.
Kahembe a été entendu. Les réponses, elles, restent à écrire sur le terrain — dans les prix affichés, dans les voies dégagées, et dans la monnaie qui passe encore d’une main à l’autre.
KIBANDO PAULIN
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