Minembwe, 4 octobre 2026 — Azarias Ruberwa revient au premier plan dans le débat sur la situation sécuritaire des hauts plateaux du Sud-Kivu. L’ancien vice-président de la République affirme que les alliances militaires constituées ces dernières années par Kinshasa représentent un changement profond par rapport aux politiques autrefois menées par le gouvernement congolais dans cette partie du pays.
Lors d’une rencontre de la diaspora congolaise organisée le 3 octobre à Indianapolis, aux États-Unis, autour de la paix et des souffrances des communautés de l’Est de la RDC, Ruberwa a particulièrement évoqué la situation des Banyamulenge. Il a opposé la réponse de l’ancien président Joseph Kabila à celle de l’actuel chef de l’État Félix Tshisekedi. (KT Press)
Dans l’extrait vidéo de cette intervention, il va plus loin encore sur le terrain des alliances. Selon lui, alors que l’État combattait jadis les groupes Maï-Maï dont le projet, sur les hauts plateaux, était l’extermination des Banyamulenge tutsi à Minembwe, les forces armées travailleraient aujourd’hui avec ces mêmes groupes armés. « La pire des choses, c’est que les forces armées de mon pays, aujourd’hui, travaillent avec les mêmes groupes armés qu’on combattait », déclare-t-il, avant d’évoquer un objectif de déracinement et l’usage de drones « envoyés par centaines, parfois chaque jour », incompatibles selon lui avec le maintien de la population sur place.
Ruberwa dit avoir sollicité Tshisekedi à 15 reprises
Selon l’ancien vice-président, Joseph Kabila serait intervenu, lorsqu’il était au pouvoir, contre les violences visant les Banyamulenge dans les hauts plateaux. Ruberwa affirme en revanche avoir rencontré Félix Tshisekedi à quinze reprises pour attirer son attention sur la situation de cette communauté, sans obtenir, selon lui, la réponse qu’il attendait. (KT Press)
Il s’agit ici des déclarations de Ruberwa : elles ne constituent pas, à elles seules, un bilan indépendant de l’action respective des deux présidents.
L’ancien responsable du RCD et ancien ministre de la Décentralisation concentre notamment ses critiques sur les alliances nouées sur le terrain. Il reproche à Kinshasa de collaborer aujourd’hui avec des forces ou groupes armés qui, dans d’autres périodes du conflit congolais, étaient considérés comme des adversaires.
C’est cette évolution qui nourrit son accusation contre le pouvoir central : comment l’État peut-il aujourd’hui combattre aux côtés de groupes qu’il combattait autrefois ?
Une position qu’il défend depuis plusieurs semaines
La prise de parole d’Indianapolis ne constitue pas une déclaration isolée. En août dernier, Ruberwa avait déjà publiquement dénoncé la situation à Minembwe, affirmant que les Banyamulenge étaient particulièrement visés et demandant une enquête internationale sur les violences et destructions signalées dans les hauts plateaux. Il avait également contesté la présence des troupes burundaises aux côtés des FARDC. (Enquete.cd)
Il plaidait alors pour une « paix des braves », appelant à une solution politique sur les différents fronts de l’Est plutôt qu’à la poursuite indéfinie des affrontements. (Chrononews.cd)
Cette position intervient toutefois dans un conflit où chaque camp livre son propre récit des événements, de la composition des alliances jusqu’aux responsabilités dans les attaques contre les populations civiles.
Minembwe toujours au cœur des tensions
La sortie de Ruberwa intervient au moment où les hauts plateaux restent sous tension. Le 3 octobre, l’AFC/M23 a notamment affirmé que des drones kamikazes avaient frappé Kuwihene et ses environs, sur l’axe de Rugezi dans la région de Minembwe. Ces affirmations n’étaient toutefois accompagnées d’aucun bilan indépendant permettant d’établir les circonstances et les responsabilités de ces frappes. (TIC-TAC HEBDO)
La situation militaire demeure d’autant plus complexe que plusieurs forces régulières et groupes armés sont impliqués dans les affrontements dans l’Est de la RDC, avec des alliances qui ont évolué au fil des différentes phases du conflit.
Ruberwa, lui-même acteur d’une histoire complexe
La déclaration de l’ancien vice-président prend également une dimension particulière au regard de son propre parcours politique. Ruberwa fut secrétaire général du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) avant de devenir l’un des quatre vice-présidents de la transition entre 2003 et 2006. Il a ensuite occupé plusieurs responsabilités publiques, dont celle de ministre de la Décentralisation. (KT Press)
Son nom reste aussi étroitement associé au dossier de Minembwe. En 2020, alors ministre de la Décentralisation, il avait dû répondre publiquement à la controverse entourant l’installation du bourgmestre de la commune rurale de Minembwe et avait rejeté les accusations selon lesquelles il aurait participé à un projet de « balkanisation » de la RDC. (ACP)
Vingt-six ans après le début des guerres qui ont profondément transformé l’Est congolais, les alliances ont changé, certains anciens mouvements armés sont devenus des acteurs politiques tandis que de nouvelles coalitions militaires sont apparues.
C’est précisément cette évolution que Ruberwa utilise aujourd’hui pour interpeller Kinshasa. Son accusation pose une question politique et historique sur les changements d’alliances dans l’Est, mais elle ne suffit pas à elle seule à établir les responsabilités dans les violences actuelles de Minembwe.
Dans une région où les populations civiles continuent de subir les conséquences des affrontements, la vérification indépendante des attaques, de leurs auteurs et de leurs victimes demeure indispensable pour dépasser les récits contradictoires des différentes parties.
Paulin Kibando
TIC-TAC HEBDO — Au-delà des faits
Sources : intervention d’Azarias Ruberwa à Indianapolis (3 octobre 2026), extrait vidéo ; KT Press ; Enquete.cd ; Chrononews.cd ; ACP.
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