Beni, 19 septembre 2026 — Un bouclage mixte de la Police nationale congolaise (PNC) et des Forces armées de la RDC (FARDC) a été mené ce samedi dans la cellule Mupanda, au quartier Malepe. Selon la police, 28 personnes ont été interpellées, dont deux militaires et sept femmes. Deux armes garnies et plus de 169 cartouches ont aussi été saisies.
Nasson Murara, de la communication de la PNC Nord-Kivu, présente l’opération comme une action contre la criminalité urbaine. Il dit qu’elle a été ordonnée par le commissaire provincial, le commissaire divisionnaire adjoint Makambo Gimba Dieudonné. Sur le terrain, le commandement est attribué au commissaire urbain de Beni, Kahuma Lemba Jean-Fabien Sébastien.
Les interpellés ont été remis aux services compétents pour audition. La police indique que la présence de deux militaires parmi eux doit notamment servir à retracer l’origine des armes et des munitions. À cette heure, aucun nom n’a été rendu public. Personne n’a encore été présentée comme condamnée. Un bouclage n’est pas un jugement.
Cette opération tombe dans une ville déjà sous tension. Le jeudi 10 septembre, au quartier Butanuka, commune de Beu, des hommes armés ont tué trois personnes. Parmi les morts figurent un couple — l’époux était changeur de monnaie — et un motocycliste qui passait sur les lieux. Le bourgmestre de Beu, Lambert Mukendi Tshingoma, a aussi fait état de deux enfants blessés. Les corps ont été déposés à la morgue de l’hôpital général de référence de Beni. Les assaillants, décrits comme circulant à moto, n’ont pas été identifiés publiquement.
Pépin Kavota, président de la société civile Forces vives de Beni, a demandé des enquêtes et dit l’inquiétude des habitants. Le lundi 14 septembre, une journée de ville morte a ralenti les activités, en mémoire de ce triple assassinat.
Le même 14 septembre, un autre bouclage mixte PNC-FARDC a eu lieu très tôt à Nyakalibwa, quartier Mambango, commune de Bungulu. Vingt personnes avaient d’abord été interpellées. Après triage, onze sont restées entre les mains des services, avec une moto saisie. Des effets militaires, trois motos et une tronçonneuse avaient été récupérés ; deux motos et neuf personnes avaient été relâchées.
À Beni, le Grand Nord reste administré par Kinshasa, alors que Goma est sous administration de l’AFC/M23. Cela n’a pas mis la ville à l’abri. Dans les communes de Bungulu, Mulekera et Beu, les habitants dénoncent depuis des mois des cambistes abattus, des motards tués pour leur moto et des maisons visitées par des hommes armés en pleine ville. Les bouclages rassurent un moment. Ils ne remplacent pas des enquêtes qui aboutissent. Les auteurs de plusieurs tueries ciblées de ces derniers mois n’ont pas été présentés à la population.
La précarité n’est pas seulement celle des bandits de rue. En périphérie, les ADF frappent encore le territoire. À Mangina, en juillet, des incursions attribuées à ce groupe ont fait des civils tués et des maisons brûlées. En ville aussi, la présence d’hommes en uniforme ne garantit pas la quiétude : le 22 août, un agronome a été blessé par balle à Pasisi, commune de Bungulu ; un militaire FARDC a été mis en cause par la société civile, sans communication officielle de l’armée pour confirmer cette version.
Le bouclage de Malepe s’ajoute donc à une série. Il montre que la police et l’armée bougent. Il ne dit pas encore si Beni redevient une ville où l’on rentre chez soi le soir sans craindre un coup de feu.
Beni, 23 août : un agronome blessé par balle à Pasisi, un militaire FARDC mis en cause
Territoire de Beni, juillet : près de dix civils tués à Mangina, des maisons incendiées
KIBANDO PAULIN
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