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Ebola en RDC : le Japon débloque 5 millions USD, Kinshasa écarté de la gestion directe au profit de L'ONU

Le choix japonais de confier directement la mise en œuvre de son financement à ces organisations internationales ne permet pas, en l’état, de conclure à une sanction ou à une défiance envers le gouvernement congolais. Il remet cependant au centre une question essentielle pour la suite de la riposte : dans un pays où certaines zones touchées échappent au contrôle de Kinshasa, l’efficacité de l’aide internationale se mesurera surtout à sa capacité à atteindre le malade là où il se trouve.

Ebola en RDC : le Japon débloque 5 millions USD, Kinshasa écarté de la gestion directe au profit de L'ONU

Le Japon débloque 5 millions de dollars américains pour renforcer la riposte contre Ebola en République démocratique du Congo, mais cette enveloppe ne sera pas directement gérée par Kinshasa. Tokyo a choisi de répartir son financement entre l’OIM, l’UNICEF et le PAM, trois agences internationales appelées à intervenir directement dans la réponse. Un mécanisme qui intervient alors que l’épidémie touche un Est congolais fragmenté par les lignes de contrôle et où l’efficacité de la riposte dépend aussi de sa capacité à atteindre les populations vivant en dehors des zones administrées par le gouvernement.

Le gouvernement japonais a officiellement annoncé cette aide d’urgence destinée à soutenir la RDC face à la maladie à virus Ebola. Sur les 5 millions USD mobilisés, 2 millions sont attribués à l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour la prévention et le contrôle de l’épidémie, 1,5 million à l’UNICEF pour les interventions liées notamment à la santé, à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène, tandis que 1,5 million revient au Programme alimentaire mondial (PAM) pour l’assistance alimentaire.

Les fonds ne sont donc pas annoncés comme une enveloppe remise directement au gouvernement congolais pour être ensuite redistribuée aux acteurs de la riposte. Leur mise en œuvre passe par ces trois organisations internationales.

Cette distinction mérite toutefois d’être faite avec prudence : le Japon n’a pas déclaré avoir choisi ce mécanisme en raison d’une défiance envers Kinshasa, d’une mauvaise gestion ou de détournements de fonds. Aucune motivation de cette nature n’apparaît dans l’annonce officielle japonaise.

Le cas particulier du Lubero

Au Nord-Kivu, la situation du territoire de Lubero montre cependant toute la complexité d’une riposte sanitaire menée dans un espace traversé par différentes lignes de contrôle.

Une partie du territoire reste administrée par les autorités gouvernementales tandis que d’autres localités sont sous contrôle de l’AFC/M23. Pourtant, Ebola ne distingue ni administration, ni appartenance politique, ni ligne de front.

Début septembre, un cas d’Ebola venu de Butembo a ainsi été détecté à Kayna, dans une zone sous contrôle de l’AFC/M23. Le malade avait été identifié comme cas suspect à un point de contrôle sanitaire avant d’être isolé et testé positif, entraînant le renforcement de la surveillance autour de ses contacts.

Cet épisode ne suffit pas à établir que l’épidémie serait mieux maîtrisée d’un côté que de l’autre. Il montre néanmoins que des mécanismes sanitaires peuvent fonctionner également dans les zones qui ne sont plus sous administration directe de Kinshasa.

Et c’est précisément là que se trouve l’un des principaux défis de la riposte : faire parvenir les moyens de prévention, de surveillance et de traitement aux populations exposées, quel que soit le groupe ou l’autorité qui contrôle leur territoire.

Une riposte qui ne peut suivre les lignes de front

Depuis la déclaration de l’épidémie, le gouvernement congolais et ses partenaires multiplient les efforts sanitaires, alors que l’OMS fait parallèlement état d’importants besoins en personnel, en partenaires opérationnels et en financement.

Dans l’Est du pays, cette réponse se déroule cependant dans un environnement sécuritaire particulier. Certaines zones sont contrôlées par l’AFC/M23, d’autres par les forces gouvernementales, tandis que plusieurs territoires connaissent encore la présence de groupes armés et de combattants irréguliers.

La lutte contre Ebola impose pourtant une logique différente de celle du conflit : rechercher les contacts, isoler les cas suspects, protéger les soignants, vacciner lorsque cela est indiqué et assurer l’accès aux soins doivent pouvoir se poursuivre indépendamment de l’autorité qui contrôle une localité.

La capacité des partenaires internationaux à travailler au-delà de ces divisions devient ainsi déterminante. Une population vivant dans une zone contrôlée par un groupe armé ne cesse pas, pour autant, d’être exposée à Ebola ni d’avoir droit à une réponse sanitaire.

5 millions USD face à des besoins considérables

L’aide japonaise constitue donc un soutien supplémentaire à une riposte dont les besoins restent très importants. La RDC et ses partenaires ont présenté un plan de réponse sur 180 jours évalué à environ 1,3 milliard USD.

À cette échelle, les 5 millions USD du Japon représentent moins de 0,4 % du besoin global annoncé. Leur importance résidera donc autant dans le montant mobilisé que dans la capacité de l’OIM, de l’UNICEF et du PAM à transformer rapidement ces ressources en interventions concrètes auprès des populations.

Le choix japonais de confier directement la mise en œuvre de son financement à ces organisations internationales ne permet pas, en l’état, de conclure à une sanction ou à une défiance envers le gouvernement congolais. Il remet cependant au centre une question essentielle pour la suite de la riposte : dans un pays où certaines zones touchées échappent au contrôle de Kinshasa, l’efficacité de l’aide internationale se mesurera surtout à sa capacité à atteindre le malade là où il se trouve.

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Anselme Syangoma

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Contributeur

Équipe éditoriale de TIC-TAC HEBDO, média congolais basé à Goma.

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