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RDC : 29 ans après la mort de Mobutu à Rabat au Maroc, que reste-t-il du Zaïre et des espoirs de 1997 ?

Mobutu appartient désormais à l'histoire. Mais les interrogations sur l'autorité de l'État, l'intégrité territoriale, la souveraineté, la gouvernance et les conditions de vie des Congolais restent profondément actuelles. C'est peut-être là que se trouve, 29 ans après sa disparition à Rabat, la partie la plus importante de son héritage à interroger.

RDC : 29 ans après la mort de Mobutu à Rabat au Maroc, que reste-t-il du Zaïre et des espoirs de 1997 ?

Le 7 septembre 1997, Mobutu Sese Seko mourait en exil à Rabat, au Maroc, moins de quatre mois après avoir quitté le pouvoir face à l’avancée de l’AFDL de Laurent-Désiré Kabila. Vingt-neuf ans plus tard, son long règne reste associé à l’autoritarisme, à la corruption et à l’effondrement économique des dernières années du Zaïre, mais aussi, dans une partie de la mémoire collective congolaise, à l’image d’un État plus présent et d’une souveraineté nationale affirmée. Entre nostalgie, bilan historique et près de trois décennies de pouvoir post-Mobutu, que reste-t-il réellement des promesses de changement de 1997 ?

Lorsque Mobutu quitte Kinshasa le 16 mai 1997, son pouvoir est déjà pratiquement terminé. À la tête du pays depuis novembre 1965, le maréchal avait construit pendant plus de trois décennies un régime fortement centralisé autour de sa personne, avant de voir son autorité progressivement fragilisée par la crise économique, les contestations politiques des années 1990, l’affaiblissement de l’État et la fin du soutien stratégique dont il avait bénéficié auprès de plusieurs puissances occidentales durant la Guerre froide.

À l’Est, l’offensive de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), dirigée par Laurent-Désiré Kabila et soutenue notamment par le Rwanda et l’Ouganda, accélère l’effondrement du régime. Partie de l’Est du pays en 1996, la rébellion progresse jusqu’à Kinshasa face à une armée zaïroise profondément désorganisée. Le 17 mai 1997, Laurent-Désiré Kabila prend le pouvoir et le pays retrouve le nom de République démocratique du Congo.

Déjà atteint d’un cancer de la prostate, Mobutu poursuit son exil jusqu’au Maroc. Il meurt à Rabat le 7 septembre 1997, à l’âge de 66 ans, et y est enterré.

De l’espoir de changement à de nouvelles guerres

La chute de Mobutu avait nourri chez une partie importante de la population l’espoir d’une reconstruction de l’État après les longues années de crise du Zaïre. Mais l’après-Mobutu allait rapidement montrer que le départ d’un dirigeant ne suffisait pas à résoudre les profondes fractures politiques, économiques et régionales du pays.

Dès 1998, une nouvelle guerre éclate. Elle implique la RDC, plusieurs mouvements armés et de nombreux États africains. Laurent-Désiré Kabila est assassiné en janvier 2001 et son fils Joseph Kabila lui succède. Les accords de paix, la transition politique et les élections organisées à partir de 2006 permettront au pays de retrouver progressivement des institutions constitutionnelles, sans toutefois mettre définitivement fin aux conflits armés, particulièrement dans l’Est.

Vingt-neuf ans après la disparition de Mobutu, la RDC continue ainsi de faire face à plusieurs questions qui dominaient déjà les dernières années du Zaïre : fonctionnement de l’État, sécurité du territoire, corruption, infrastructures, pouvoir d’achat, gestion des ressources naturelles et capacité des institutions à exercer effectivement leur autorité sur l’ensemble du pays.

Pourquoi la mémoire de Mobutu persiste-t-elle ?

C’est probablement cette continuité de certaines difficultés qui explique une partie de la nostalgie régulièrement exprimée autour de l’ancien président. Pour certains Congolais ayant vécu cette période, le souvenir du Zaïre reste associé à une autorité étatique plus visible, à l’unité territoriale, aux grandes entreprises publiques, au sport et à une diplomatie congolaise particulièrement présente sur la scène africaine.

Cette mémoire ne doit cependant pas effacer l’autre visage du régime : absence de véritable alternance politique, répression des opposants, concentration du pouvoir, corruption institutionnalisée et dégradation économique considérable, particulièrement durant les dernières années. Le Zaïre que Mobutu laisse en 1997 est un État profondément affaibli.

La nostalgie dit donc peut-être autant quelque chose du Congo d’aujourd’hui que du Zaïre d’hier. Lorsqu’une partie de la population compare favorablement certaines dimensions de l’époque Mobutu à la situation actuelle, elle ne réhabilite pas nécessairement l’ensemble de son régime ; elle exprime aussi des attentes persistantes en matière d’autorité de l’État, de sécurité, de souveraineté et d’amélioration des conditions de vie.

29 ans après, la question dépasse Mobutu

Depuis le 7 septembre 1997, presque trois décennies se sont écoulées. Plusieurs générations de dirigeants se sont succédé et une importante partie de la population congolaise actuelle n’a même pas connu directement le Zaïre de Mobutu.

C’est pourquoi, 29 ans après sa mort, la question historique ne peut plus se limiter à déterminer si Mobutu était meilleur ou pire que ses successeurs. Elle consiste plutôt à regarder le chemin parcouru depuis 1997 et à se demander pourquoi certaines faiblesses structurelles de l’État congolais ont survécu à la disparition du régime qui en était autrefois tenu responsable.

Mobutu appartient désormais à l’histoire. Mais les interrogations sur l’autorité de l’État, l’intégrité territoriale, la souveraineté, la gouvernance et les conditions de vie des Congolais restent profondément actuelles. C’est peut-être là que se trouve, 29 ans après sa disparition à Rabat, la partie la plus importante de son héritage à interroger.

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Awa Jean de Dieu

Contributeur

Équipe éditoriale de TIC-TAC HEBDO, média congolais basé à Goma.

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