Kinshasa / Goma, 15 octobre 2026 — Trois jours après l’annonce à Goma du Front pour la refondation de la nation (FRN), placé sous la direction de l’ancien président Joseph Kabila Kabange, le chef de l’État Félix Tshisekedi a présidé, mercredi 14 octobre à la Cité de l’Union africaine, une réunion du Conseil supérieur de la défense. Une vidéo partagée publiquement (voir la séquence) résume le moment ainsi : « prenant conscience de la gravité de la situation », le commandant suprême des FARDC évalue les unités engagées sur le territoire national.
Selon le compte rendu relayé par le porte-parole des FARDC, le général-major Sylvain Ekenge, le chef d’état-major général a présenté la situation opérationnelle. Félix Tshisekedi a ensuite donné des « instructions précises » aux forces de défense et de sécurité pour assurer « pleinement leur mission de défense de l’intégrité territoriale » et la protection des personnes et de leurs biens. La Première ministre Judith Suminwa, le vice-premier ministre de la Défense Guy Kabombo, la cheffe de la diplomatie Thérèse Kayikwamba Wagner et les responsables des services de sécurité ont notamment pris part à la séance.
Le timing n’est pas anodin. Le FRN se présente comme successeur de plein droit de l’AFC, avec pour objectif déclaré de « refonder » l’État et de combattre ce qu’il qualifie de « tyrannie », y compris par la force. TIC-TAC HEBDO a déjà documenté l’annonce du 12 octobre et l’impact potentiel sur le processus de Doha. Sur le terrain, des affrontements et des attaques de drones attribuées à la nouvelle configuration continuent d’être signalés dans l’Est, tandis que Kinshasa affiche, via le Conseil supérieur de la défense, une lecture militaire de la gravité du moment.
Dans la même séquence, la capitale vit une autre pression, moins spectaculaire mais concrète pour les voyageurs et les acteurs politiques : à l’aéroport international de N’djili, des contrôles de sortie du territoire restent au centre des conversations. Des interdictions d’embarquer et des saisies de documents ont déjà frappé, ces derniers mois, des figures de l’opposition à cet aéroport — sans qu’un communiqué officiel n’ait, à cette heure, publié une nouvelle liste nominative explicitement liée à la création du FRN. Le fait public, lui, est double : d’un côté, des instructions aux FARDC ; de l’autre, une frontière aérienne où certaines sorties peuvent être bloquées.
Au-delà des faits. La création du FRN à Goma avec Joseph Kabila à sa tête a forcé Kinshasa à montrer qu’elle mesure la gravité — d’où le Conseil supérieur de la défense et le langage des « instructions précises » aux FARDC. Mais la réponse ne se joue pas seulement sur les fronts de l’Est : elle passe aussi par la gestion des flux à N’djili. Tant que les autorités ne clarifient pas qui est concerné et sur quel fondement juridique, l’écart demeure : une armée mobilisée par discours, une capitale où partir peut devenir un enjeu politique. Pour les habitants de Goma comme pour ceux de Kinshasa, la question ouverte est la même — à quel rythme les décisions du sommet se traduisent-elles en sécurité réelle, et non seulement en contrôle ?
KIBANDO PAULIN
TIC-TAC HEBDO — Au-delà des faits
Sources : séquence vidéo partagée publiquement (Facebook) · déclaration du porte-parole des FARDC, général-major Sylvain Ekenge, après le Conseil supérieur de la défense du 14 octobre 2026 (recoupement Actualite.cd).
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