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RDC : des milliers de dollars contre Ebola et d’autres fonds versés aux députés, l’Assemblée veut les preuves de leurs « réalisations »

Des milliers de dollars destinés à la sensibilisation communautaire contre Ebola ont récemment été confiés à des députés nationaux : Samuel Degba Mozabi (Haut-Uélé) et Ichwama Litoka Ma Elly Élysée (Tshopo) apparaissent sur des ordres de virement de 50 000 dollars du ministère de la Santé ; la députée de Butembo Jeanine Katasohire affirme, elle, avoir reçu 46 700 dollars — un montant compatible avec 50 000 dollars après frais bancaires. Dans le même temps, le rapporteur Jacques Djoli Eseng’Ekeli demande aux élus de documenter leurs « réalisations » et d’en préciser le coût, pour le 15 octobre. Quatre députés de Kisangani se sont déjà retirés des discussions sur ces fonds. Ces cas ouvrent une brèche : le mécanisme ne semble pas limité à quelques élus.

RDC : des milliers de dollars contre Ebola et d’autres fonds versés aux députés, l’Assemblée veut les preuves de leurs « réalisations »
Illustration — documents, fonds publics et lutte contre Ebola : l’Assemblée nationale demande aux députés les preuves de leurs réalisations.

Kinshasa, 6 octobre 2026 — Des milliers de dollars destinés à des actions communautaires contre Ebola ont récemment été confiés à des députés nationaux. Dans le même temps, l’Assemblée nationale demande aux élus de documenter, photos et vidéos à l’appui, leurs « réalisations » dans leurs circonscriptions et d’en préciser le coût. Le rapprochement de ces faits met en lumière une réalité encore peu lisible pour les populations : derrière certaines œuvres attribuées aux députés peuvent aussi se trouver des ressources publiques, rendant difficile la distinction entre le don personnel d’un élu et une intervention du Gouvernement.

Dans une correspondance datée du 5 octobre 2026, le rapporteur de l’Assemblée nationale, Jacques Djoli Eseng’Ekeli, demande aux députés nationaux de transmettre au service de communication de la Chambre basse des supports photographiques et vidéos de leurs différentes réalisations dans leurs circonscriptions électorales.

L’exercice ne concerne pas uniquement quelques actions symboliques. Le document cite notamment les écoles, ponts, centres de santé, routes, œuvres sociales, investissements socio-économiques et actions humanitaires. Il est également demandé aux élus d’indiquer le coût financier de chaque réalisation, les éléments devant être transmis au plus tard le 15 octobre.

Officiellement, l’objectif annoncé est de permettre l’élaboration d’un document consacré aux réalisations des députés nationaux dans leurs circonscriptions.

Mais cette demande intervient dans un contexte où plusieurs documents relatifs à la lutte contre Ebola ont récemment montré que des parlementaires peuvent eux-mêmes recevoir des fonds publics destinés à des interventions communautaires.

Des fonds Ebola directement confiés à des députés

Dans le Haut-Uélé, une correspondance datée du 14 septembre 2026 a fait état d’un ordre de transfert de 50 000 dollars américains depuis le compte du cabinet du ministre de la Santé publique vers un compte au nom du député national Samuel Degba Mozabi. La somme était destinée à la sensibilisation communautaire contre la maladie à virus Ebola.

Un autre dossier concernant la Tshopo a également fait apparaître une enveloppe de 50 000 dollars destinée à la sensibilisation communautaire et devant être transférée sur un compte au nom de la députée nationale Ichwama Litoka Ma Elly Élysée. Ces révélations ont suscité des interrogations jusque dans les rangs des parlementaires.

Quatre députés nationaux élus de Kisangani avaient notamment annoncé leur retrait des discussions relatives à ces fonds et demandé que les ressources disponibles soient davantage affectées aux besoins opérationnels de la riposte contre Ebola.

À Butembo, la députée nationale Jeanine Katasohire a affirmé avoir reçu 46 700 dollars pour la sensibilisation communautaire. Ce montant se situe juste en dessous des 50 000 dollars mentionnés dans les ordres de virement du cabinet du ministre de la Santé publique pour d’autres circonscriptions. L’écart d’environ 3 300 dollars peut correspondre, selon une lecture plausible des pratiques bancaires, à des frais de transfert ou de change ; TIC-TAC HEBDO ne dispose toutefois pas, à ce stade, du bordereau permettant de le confirmer documentairement.

L’aveu de la députée de Butembo change toutefois la nature du dossier. Tant que seuls des documents internes du ministère étaient en circulation, le débat pouvait rester sur le terrain des correspondances. Dès lors qu’une élue assume publiquement avoir reçu une telle enveloppe, la brèche s’élargit : le mécanisme ne paraît plus limité à un ou deux cas isolés, et la question devient celle du nombre de parlementaires ayant bénéficié de fonds publics destinés à la sensibilisation communautaire contre Ebola, ainsi que des justifications attendues pour chaque décaissement.

Ces cas permettent d’établir au moins une chose : un député peut intervenir auprès de sa population avec des moyens financiers qui ne proviennent pas nécessairement de ses ressources personnelles, mais du Gouvernement.

C’est cette réalité qui donne une autre dimension à la demande actuelle de l’Assemblée nationale.

Une « réalisation du député » financée par qui ?

Dans les circonscriptions électorales, la distinction n’est pas toujours évidente.

Lorsqu’un député remet une aide à une communauté, participe à la réhabilitation d’une infrastructure, finance une activité de sensibilisation ou apporte des biens à une population, l’action peut rapidement être perçue comme une œuvre personnelle de l’élu.

Les images circulent, le nom du député reste associé à l’intervention et, quelques mois ou quelques années plus tard, celle-ci peut entrer dans son bilan politique.

Pourtant, l’affaire des fonds destinés à la lutte contre Ebola montre qu’une intervention conduite par un parlementaire peut être financée par des ressources publiques.

Dans un tel cas, le député n’offre pas nécessairement son propre argent à la population. Il intervient plutôt dans l’utilisation ou l’acheminement d’une ressource du Gouvernement destinée à une action publique.

La différence est fondamentale.

Un député qui mobilise 50 000 dollars de ses propres ressources pour sa communauté et celui auquel un ministère confie 50 000 dollars destinés à cette même communauté peuvent apparaître, sur une photographie, comme les auteurs d’une action similaire. Pourtant, l’origine de l’argent est totalement différente.

Photos, vidéos et montants ne suffisent donc pas

La décision de l’Assemblée nationale d’exiger des photos, des vidéos et le coût financier des réalisations pourrait contribuer à mieux documenter les activités des élus.

Mais une information supplémentaire paraît désormais essentielle : la source du financement.

Pour chaque école, route, pont, centre de santé, œuvre sociale ou action humanitaire présentée comme une réalisation parlementaire, il serait utile de savoir si les moyens proviennent des fonds propres du député, du Gouvernement, d’une institution publique, d’un partenaire, d’une ONG, d’une entreprise ou encore d’une mobilisation communautaire.

Sans cette précision, une infrastructure de 100 000 dollars financée par l’État pourrait, dans la perception publique, être placée dans la même catégorie qu’une œuvre de même valeur entièrement financée par un député.

Or les deux situations ne racontent pas la même histoire.

La transparence sur l’origine du financement permettrait même de mieux reconnaître le rôle réel de chaque élu : donateur lorsqu’il engage ses ressources personnelles, facilitateur lorsqu’il mobilise des partenaires, acteur de plaidoyer lorsqu’il obtient une intervention publique, ou relais lorsque le Gouvernement lui confie des moyens destinés à la communauté.

Les députés deviennent-ils aussi des exécutants des programmes sociaux ?

L’autre interrogation concerne la place progressivement occupée par les parlementaires dans certaines interventions communautaires.

Le député est naturellement un représentant de sa population et peut servir de relais entre celle-ci et les institutions. Dans la lutte contre Ebola, par exemple, des élus ont été appelés à participer à la sensibilisation et à rapprocher les équipes de riposte des communautés.

Mais lorsqu’une enveloppe financière destinée à une activité communautaire est directement confiée à un parlementaire, une autre question apparaît : pourquoi ce financement transite-t-il par un élu plutôt que par les structures publiques spécialisées ou les organisations communautaires chargées de ce type d’activités ?

Les associations sans but lucratif, ONG, structures sanitaires, organisations communautaires, médias et autres relais locaux interviennent traditionnellement dans les campagnes de sensibilisation, les actions humanitaires et différents projets sociaux.

Le cas Ebola mérite donc d’être approfondi pour déterminer s’il s’agit d’un mécanisme exceptionnel lié à l’urgence sanitaire ou si d’autres programmes gouvernementaux ont également confié directement aux députés des ressources destinées aux communautés.

C’est à ce niveau que la question des « autres fonds versés aux députés » prend toute son importance : chaque mécanisme devra être documenté séparément pour déterminer son origine, sa destination et les obligations de justification qui l’accompagnent.

Les vacances parlementaires ne devraient pas brouiller la provenance de l’argent

Les vacances parlementaires constituent notamment une période pendant laquelle les élus retournent vers leurs bases, rencontrent les populations et recueillent leurs préoccupations.

Mais leur présence dans les circonscriptions peut également être accompagnée d’actions sociales, de dons et d’interventions diverses.

C’est précisément à ce moment que la distinction entre l’argent personnel du député et les ressources publiques mises à sa disposition doit rester visible.

Le citoyen qui reçoit une aide a le droit de savoir si elle lui est offerte personnellement par son élu ou si elle provient d’un programme gouvernemental auquel il avait déjà droit en tant que bénéficiaire.

Cette distinction n’enlève rien au rôle du député ayant facilité l’intervention. Elle permet simplement d’attribuer correctement la provenance des ressources.

Une occasion pour l’Assemblée d’aller jusqu’au bout de la transparence

En demandant désormais aux députés de présenter les preuves de leurs réalisations et leurs coûts, l’Assemblée nationale ouvre elle-même un chantier intéressant de transparence.

Mais pour que ce travail permette véritablement d’apprécier l’action des parlementaires, le montant seul ne suffira pas.

À côté de chaque réalisation pourraient apparaître trois renseignements simples : son coût, la source du financement et le rôle joué par le député.

Cette précision permettrait aux Congolais de distinguer une réalisation financée personnellement par leur élu d’une intervention obtenue par plaidoyer ou d’un projet réalisé avec des ressources du Gouvernement.

Les milliers de dollars mobilisés pour la sensibilisation contre Ebola montrent désormais que cette distinction n’est pas seulement théorique.

Elle touche directement à la manière dont l’action publique est présentée aux communautés et, demain, à la manière dont les élus pourront présenter leur bilan.

Car une réalisation effectuée dans la circonscription d’un député n’est pas nécessairement une réalisation financée par le député.

Et si l’Assemblée nationale veut désormais connaître le coût des œuvres de ses membres, connaître l’origine de chaque dollar permettra aussi aux populations de savoir ce que leurs élus ont réellement apporté sur leurs fonds propres et ce que l’État a réalisé à travers eux.

Paulin Kibando
TIC-TAC HEBDO — Au-delà des faits

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Paulin Kibando

Contributeur

Équipe éditoriale de TIC-TAC HEBDO, média congolais basé à Goma.

paulinkibando@gmail.com

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