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Masaisai toujours en morgue : la ministre de la Jeunesse filmée en loisirs autour d’une chicha

Alors que la dépouille de Miguel Masaisai attend encore à Kinshasa le programme officiel de ses obsèques, une vidéo mise en circulation le 4 octobre 2026 montre la ministre de la Jeunesse et de l’Éveil patriotique, Grâce Emie Kutino, dans un restaurant-lounge de la capitale, entourée d’ambiance et de chicha. Le contraste, pour une jeunesse encore en deuil, ne passe pas inaperçu.

Masaisai toujours en morgue : la ministre de la Jeunesse filmée en loisirs autour d’une chicha
Kinshasa — image extraite d’une vidéo localisée au restaurant Les Délices d’Eunice, mise en circulation le 4 octobre 2026 et présentant Grâce Emie Kutino en situation de loisirs.

Kinshasa, 4 octobre 2026 — Le corps de Miguel Masaisai n’est toujours pas enterré. Le cycliste de Goma, mort le 18 septembre au Congo-Brazzaville alors qu’il pédalait pour la paix, a été rapatrié à Kinshasa le 25 septembre ; sa dépouille est restée à la morgue de l’Hôpital du Cinquantenaire en attendant le programme officiel des obsèques. Or, le même week-end où le Conseil national de la jeunesse rencontrait encore la famille pour préparer les hommages, une vidéo mise en circulation sur Facebook montre la ministre de la Jeunesse et de l’Éveil patriotique, Grâce Emie Kutino, dans un tout autre décor : celui des loisirs nocturnes, autour d’une chicha.

Miguel Masaisai, le cycliste de Goma mort le 18 septembre 2026 au Congo-Brazzaville lors de son périple Pedals for Peace. Illustration TIC-TAC HEBDO.
Miguel Masaisai, le cycliste de Goma mort le 18 septembre 2026 au Congo-Brazzaville lors de son périple Pedals for Peace. Illustration TIC-TAC HEBDO.

Ce que montre la vidéo

Le clip, publié le 4 octobre 2026 par la page Pouvoir Ya Peuple, est géolocalisé au restaurant Les Délices d’Eunice, à Kinshasa. On y voit une jeune femme — présentée dans la légende comme la ministre Grâce Kutino — en chemise blanche, lunettes sur la tête, exhalant une épaisse fumée ; un tuyau rouge de chicha apparaît dans le cadre. D’autres plans montrent la même ambiance de lounge : scène, écrans, tables, boissons, et, auprès d’une personne assise à table, le haut d’un narguilé clairement visible.

Il ne s’agit pas d’une cérémonie officielle, ni d’une mission de terrain. Les images relèvent d’un moment de détente filmé et diffusé. La date exacte de la captation n’est pas indiquée dans le post ; en revanche, la date de mise en circulation — 4 octobre 2026 — tombe alors que Miguel Masaisai n’a toujours pas reçu d’obsèques publiques annoncées.

Un deuil de jeunesse qui attend encore

Miguel Masaisai, 23 ans, incarnait pour une partie de la jeunesse un message simple : pédaler pour la paix, de Goma vers Rabat. Son décès a provoqué une émotion nationale. Le gouvernement a fait rapatrier le corps ; le Conseil national de la jeunesse (CNJ) a organisé des recueils et, encore le 1er–3 octobre, rencontré la famille pour parler des funérailles. À cette date, le programme définitif d’inhumation n’avait toujours pas été communiqué.

C’est précisément ce décalage qui donne sa charge politique à la vidéo. La ministre dont le portefeuille porte le mot « Jeunesse » apparaît dans une séquence de loisirs et d’ambiance, pendant qu’un jeune mort pour un idéal de paix attend encore d’être enterré. On peut discuter du droit de tout responsable public à une vie privée. On peut beaucoup moins éluder le symbole : quand le deuil d’une jeunesse n’est pas clos, l’image d’une ministre de la Jeunesse entourée de chicha dans un restaurant-lounge de Kinshasa devient un message, qu’elle l’ait voulu ou non.

Pasteure, ministre… et désormais l’image de l’« ambiance »

La légende du post insiste sur un autre contraste : Grâce Kutino est aussi présentée comme pasteure, fille du pasteur Kutino Fernando, avant d’être ministre. Le compte qui diffuse la vidéo y voit la preuve d’un glissement vers « le domaine de l’ambiance » et pose la question de la vocation religieuse. Ce débat moral existe dans l’opinion ; il n’est cependant pas le plus urgent.

Le plus concret, pour TIC-TAC HEBDO, reste l’agenda public. Tant que Miguel Masaisai n’est pas inhumé et que le gouvernement n’a pas publié le calendrier des obsèques, chaque image de légèreté venant d’un ministère lié à la jeunesse sera lue à l’aune de ce deuil inachevé. Ce n’est pas une condamnation juridique. C’est une lecture politique : la communication d’un État se joue aussi dans ce qu’il laisse voir pendant qu’un mort attend encore sa tombe.

Grâce Emie Kutino n’a, à l’heure de cette publication, pas réagi publiquement à cette vidéo dans les éléments consultés. Rien n’interdit à une ministre de se détendre. Mais rien n’efface non plus le contexte : un cycliste de Goma mort en portant un message de paix, un corps encore à la morgue, une jeunesse qui attend des adieux dignes — et, au même moment, des images de chicha dans un restaurant de Kinshasa attribuées à la ministre de la Jeunesse.

KIBANDO PAULIN

TIC-TAC HEBDO — Au-delà des faits

Sources : vidéo Pouvoir Ya Peuple / Facebook (4 octobre 2026) ; RFI (rapatriement de la dépouille) ; CongoRassure (rencontre CNJ–famille, 3 octobre 2026) ; archives TIC-TAC HEBDO (décès, hommages à Goma).

Vidéo mise en circulation le 4 octobre 2026 : Grâce Emie Kutino, présentée au restaurant Les Délices d’Eunice (Kinshasa), dans une séquence de loisirs autour d’une chicha. Source : Pouvoir Ya Peuple / Facebook.
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Paulin Kibando

Contributeur

Équipe éditoriale de TIC-TAC HEBDO, média congolais basé à Goma.

paulinkibando@gmail.com

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