Bukavu, 4 octobre 2026 — Vingt-six ans après la disparition de Mgr Emmanuel Kataliko, sa mémoire reste fortement attachée à son engagement pour la paix. Mais réduire son héritage à ses prises de position contre la guerre ferait oublier une autre dimension majeure de son parcours : sa conviction que la paix devait permettre aux populations de travailler, produire, étudier et construire elles-mêmes leur développement.
Avant de devenir archevêque de Bukavu, Mgr Kataliko avait dirigé pendant plus de trois décennies le diocèse de Butembo-Beni. Dans cette région couvrant notamment les territoires de Beni et Lubero, il avait développé une pastorale qui associait évangélisation et transformation des conditions de vie des populations.
Désenclaver pour développer
Les recherches consacrées à son action montrent qu’il avait identifié très tôt plusieurs obstacles au développement du Grand Nord : enclavement des zones rurales, mauvais état des routes, insuffisance des infrastructures sanitaires et scolaires, difficultés de commercialisation des productions agricoles ou encore conflits fonciers (Crigpug / UCG).
Sa réponse ne se limitait pas aux discours. Des routes de desserte agricole furent ouvertes pour relier Butembo aux villages environnants, facilitant la circulation des personnes et des produits agricoles. L’Université Catholique du Graben le présente d’ailleurs comme un remarquable acteur du développement local et rappelle son implication dans l’amélioration de l’habitat et le désenclavement des campagnes (UCG).
Son action s’étendait également à la promotion de l’agriculture et de l’élevage, à la commercialisation des denrées alimentaires, à la santé, à l’éducation, à l’énergie hydroélectrique et à la vulgarisation de techniques locales de construction.
L’éducation comme investissement dans l’avenir
C’est dans cette même logique qu’il fonda, le 22 août 1989, l’Université Catholique du Graben à Butembo, à la suite notamment des besoins exprimés par les populations de Beni et Lubero confrontées au manque d’établissements d’enseignement supérieur dans la région.
Cette œuvre illustre une conception du développement reposant largement sur l’autoprise en charge : former localement les compétences nécessaires au développement de la région plutôt que d’attendre systématiquement les solutions de l’extérieur.
Vingt-six ans après sa disparition, cette vision conserve une résonance particulière dans une région qui dispose d’importantes potentialités agricoles et commerciales, mais où l’insécurité et l’enclavement continuent de peser sur les activités économiques.
Faire taire les armes pour permettre le développement
L’autre dimension de son héritage prend alors tout son sens. Durant les dernières années de sa vie, Mgr Kataliko s’était fortement engagé dans la recherche de la paix. Ses interventions ne se limitaient pas à des appels religieux : il multipliait exhortations, déclarations et contacts avec les responsables politiques concernés par la guerre (DACB).
Dans cette perspective, la cessation des hostilités n’était pas seulement une question sécuritaire : elle constituait une condition nécessaire pour permettre aux populations de travailler et aux territoires de se développer.
C’est précisément ce rapprochement entre paix et développement qui ressort aujourd’hui des recherches universitaires consacrées à son héritage. Une étude publiée autour du 25e anniversaire de sa disparition souligne que Mgr Kataliko avait placé simultanément la recherche de la paix et la promotion des œuvres sociales au cœur de son épiscopat (AJOL / Pirig).
Un message qui résonne encore dans le Grand Nord
En 2020 déjà, lors du vingtième anniversaire de sa disparition, les responsables de l’Église catholique à Butembo avaient particulièrement rappelé trois valeurs associées à Kataliko : l’amour, l’unité et l’esprit de développement. L’appel à l’autoprise en charge avait également été remis en avant face aux difficultés sécuritaires de la région (Radio Okapi).
Cette dimension donne une profondeur particulière à la commémoration du 4 octobre 2026. Vingt-six ans après sa mort, plusieurs des défis auxquels Mgr Kataliko cherchait des réponses demeurent : paix, routes, désenclavement, production agricole, éducation et capacité des communautés à prendre en main leur propre développement.
Son héritage peut ainsi se résumer dans une vision qui conserve toute son actualité dans les Kivu : sans paix durable, les potentialités d’un territoire restent difficiles à transformer en développement ; mais la paix elle-même doit être accompagnée d’éducation, d’infrastructures, de travail et d’initiatives locales pour produire une véritable amélioration des conditions de vie.
KIBANDO PAULIN
TIC-TAC HEBDO — Au-delà des faits
Sources : AJOL / Pirig ; Crigpug-UCG ; Université Catholique du Graben ; DACB ; Radio Okapi.
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