Le dossier des Forces démocratiques de libération du Rwanda demeure au centre des tensions entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. À l’issue des échanges consacrés à la RDC au Conseil de sécurité, l’ambassadeur français Jérôme Bonnafont a indiqué que les membres du Conseil avaient pris note du protocole présenté par Kinshasa et demandé son application rapide, conformément à la résolution 2773. Ils ont également pris note de la lettre congolaise du 24 septembre 2026 concernant le désarmement, la démobilisation, le cantonnement et le rapatriement des FDLR, ainsi que l’extension de cette démarche aux différents groupes concernés.
Devant le Conseil, le 29 septembre, le représentant congolais a rappelé la signature, le 30 mai 2026, d’un protocole avec les FDLR-FOCA. Selon les engagements exposés par Kinshasa, les combattants doivent remettre leurs armes dans des sites de cantonnement désignés par les autorités congolaises, en vue de leur retour au Rwanda. La RDC a également annoncé l’adhésion d’autres groupes au processus le 29 août et demandé l’accompagnement du Conseil de sécurité et de la MONUSCO.
Cette démarche comporte plusieurs étapes dont les résultats doivent être distingués. Le désarmement correspond à la remise des armes, tandis que la démobilisation vise à mettre fin à l’appartenance des combattants à une organisation militaire. Le cantonnement permet leur regroupement dans des sites déterminés avant les étapes suivantes, notamment le rapatriement. La signature d’un protocole constitue donc un engagement ; son exécution doit pouvoir être mesurée par les armes récupérées, les personnes enregistrées et les départs effectivement réalisés.
La MONUSCO a déjà annoncé une opération concrète. Son chef, James Swan, a indiqué que, depuis septembre, 122 anciens éléments des FDLR et leurs personnes à charge avaient été rapatriés au Rwanda depuis le camp de transit de Sake. Ce chiffre comprend des membres de leurs familles et ne correspond donc pas à 122 combattants désarmés. La mission examine également les possibilités de soutien au processus dans les limites de son mandat et de ses ressources.
Le Rwanda conteste toutefois la portée des arrangements conclus par Kinshasa. Son représentant au Conseil de sécurité a soutenu qu’ils ne correspondaient pas à la neutralisation prévue dans le processus de Washington et ne pouvaient remplacer les obligations, le calendrier et les mécanismes de vérification déjà convenus. Pour Kigali, le résultat doit être une neutralisation effective, complète et vérifiable des FDLR.
Les partenaires internationaux avaient déjà encadré leurs attentes dans une déclaration du Groupe de contact international pour les Grands Lacs publiée en août. Après avoir pris note de l’acceptation du protocole par une faction des FDLR, ils demandaient à Kinshasa un plan opérationnel et un calendrier réaliste, conformes aux engagements du processus de Washington et au dispositif sécuritaire issu de Luanda. Ils appelaient également à clarifier les mécanismes de lutte contre l’impunité et à collaborer avec la MONUSCO pour la mise en œuvre.
Le Groupe de contact soulignait aussi que toute collaboration opérationnelle ou présence conjointe avec des éléments des FDLR était incompatible avec les engagements de Washington. L’évaluation du protocole devra donc porter sur la remise des armes, mais également sur la rupture des liens militaires et le traitement des responsabilités liées aux crimes commis.
Ces exigences s’inscrivent dans un cadre plus large. Adoptée le 21 février 2025, la résolution 2773 demande à la RDC de cesser le soutien aux FDLR et de mettre en œuvre ses engagements pour les neutraliser. Elle exige également du Rwanda la fin du soutien au M23 et le retrait de ses forces du territoire congolais sans conditions préalables. Le M23 doit, pour sa part, cesser les hostilités et se retirer des zones qu’il contrôle. Le dossier des FDLR constitue ainsi une composante des obligations imposées aux différentes parties pour mettre fin à la crise dans l’Est.
L’appel du Conseil de sécurité place désormais l’exécution du protocole au premier plan. Prendre note de cette démarche ne signifie pas constater que les FDLR sont déjà neutralisées. Les prochains bilans devront établir combien de combattants ont effectivement quitté leurs structures armées, quelles armes ont été remises et comment les engagements sont vérifiés, parallèlement au respect des obligations des autres parties.
KIBANDO PAULIN
TIC-TAC HEBDO — Au-delà des faits
Source complémentaire : Stanis Bujakera Tshiamala (@StanysBujakera), 2 octobre 2026.
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