La Belgique et le Rwanda viennent de rétablir leurs relations diplomatiques après dix-huit mois de rupture sur fond de crise dans l’Est de la RDC. À Goma, cette évolution soulève une autre question, beaucoup plus concrète pour la population : que deviendront les programmes de coopération et les organisations soutenues par la Belgique dont certaines activités ont été maintenues, réduites ou déplacées vers Beni et Butembo depuis le changement de contrôle de la ville ? Santé, Hôpital provincial, recensement, état civil et financement des petites entreprises : TIC-TAC HEBDO fait le point.
La reprise des relations diplomatiques entre Bruxelles et Kigali, décidée ce mardi 22 septembre 2026, intervient dans une région profondément transformée depuis la rupture de mars 2025. À Goma, passée sous contrôle de l’AFC/M23 en janvier 2025, plusieurs partenaires internationaux ont modifié leur dispositif, évacué une partie de leur personnel ou transféré certaines activités vers d’autres villes du Nord-Kivu.
Cette évolution n’a cependant pas signifié la disparition de tous les projets impliquant des institutions ou organisations belges.
À l’Hôpital provincial, des projets ont traversé la crise
L’un des exemples les plus visibles reste l’Hôpital provincial du Nord-Kivu à Goma.
Le projet HPNK+, exécuté par l’organisation belge Ucoopia, anciennement ULB-Coopération, disposait d’un budget de 8 millions d’euros exclusivement financé par l’Union européenne. Lancé en juin 2021, il était destiné notamment à la construction et à l’équipement des urgences, du Pôle Mère-Enfant et du bloc opératoire de l’Hôpital provincial. Le calendrier initial du projet allait jusqu’au 31 mai 2025.
Mais le changement de contrôle de Goma n’a pas entraîné l’abandon de toutes les réalisations. En novembre 2025, Ucoopia faisait encore état de la construction, à l’HPNK, d’un nouveau Pôle Mère-Enfant de 4 400 mètres carrés destiné à améliorer la prise en charge des femmes enceintes, des nouveau-nés et des enfants à partir de 2026.
Un autre programme sanitaire d’Ucoopia, couvrant la période de janvier 2022 à décembre 2026 avec un budget de plus de 3 millions d’euros pour le Nord-Kivu, mentionne toujours parmi ses partenaires l’Hôpital provincial du Nord-Kivu, la Division provinciale de la santé ainsi que les zones de santé de Goma et Karisimbi et les structures de Kyeshero et Rapha.
L’organisation affiche par ailleurs toujours une adresse à Goma, au 1, avenue de l’Hôpital, parallèlement à une implantation à Butembo.
Il faut néanmoins distinguer cet accompagnement de la subvention directe des soins. Le mécanisme qui avait permis de réduire considérablement la facture des patients de l’HPNK reposait notamment sur le Fonds européen de développement : le patient payait un ticket modérateur tandis que l’Union européenne intervenait comme tiers payant. Il ne s’agissait donc pas d’une « gratuité belge » au sens strict, même si une organisation belge jouait un rôle majeur dans l’accompagnement du système sanitaire.
Recensement et état civil : le dispositif de Goma s’est déplacé vers Beni
Un autre dossier touche directement à l’administration de la population.
Depuis plusieurs années, Goma bénéficiait d’un partenariat avec la commune belge de Woluwe-Saint-Pierre autour notamment de l’état civil, du recensement, de l’informatisation et du renforcement des capacités administratives locales.
Selon les informations recueillies par TIC-TAC HEBDO, le bureau de ce programme qui fonctionnait à Goma a été déplacé vers Beni dans le nouveau contexte politico-sécuritaire.
Cette situation crée un paradoxe : Goma demeure une ville directement concernée par les objectifs historiques du partenariat, mais une partie du dispositif opérationnel qui y était implanté ne fonctionne plus depuis la ville.
La question n’est donc plus seulement de savoir si le programme existe administrativement, mais si Goma peut retrouver une place opérationnelle complète dans cette coopération, et dans quelles conditions.
SMICO : de Goma vers Butembo, mais un nouvel investissement belge
La situation de SMICO offre un autre exemple.
L’institution de microfinance, autrefois présente à Goma, a déplacé ses activités vers Butembo, selon les informations recueillies par TIC-TAC HEBDO.
Pourtant, la Belgique vient de mettre en avant un nouvel investissement important dans cette institution. En juin 2026, le SPF Affaires étrangères belge annonçait que BIO, la Société belge d’investissement pour les pays en développement, avait conclu avec SMICO un financement de 5 millions de dollars destiné à permettre à l’institution d’étendre ses activités.
Le financement belge n’a donc pas disparu du Nord-Kivu. Mais pour Goma, la question porte davantage sur la localisation effective des activités et des bénéficiaires.
Bruxelles et Kigali se reparlent : qu’est-ce que cela peut changer pour Goma ?
C’est dans ce contexte que Belgique et Rwanda viennent de rétablir leurs relations diplomatiques, rompues depuis mars 2025 en raison de profondes divergences liées au conflit dans l’Est de la RDC.
Il serait prématuré d’en déduire que les programmes déplacés vont automatiquement revenir à Goma. Aucune décision publique consultée par TIC-TAC HEBDO n’annonce, à ce stade, le retour à Goma des dispositifs transférés à Beni ou Butembo.
Mais la normalisation entre Bruxelles et Kigali modifie une partie de l’environnement diplomatique régional. Quelques jours avant cette reprise, les relations officielles étaient encore rompues et l’ambassade belge à Kigali fermée.
Pour Goma, la question est désormais concrète : la Belgique et ses partenaires continueront-ils à financer des projets destinés au Nord-Kivu tout en maintenant une partie importante de leurs dispositifs en dehors de Goma, ou la nouvelle détente diplomatique ouvrira-t-elle progressivement la voie à une présence plus importante dans la ville ?
La situation de l’Hôpital provincial montre déjà qu’une coopération peut continuer malgré le contexte politique : des infrastructures financées par l’Union européenne et mises en œuvre par une organisation belge ont continué à évoluer à Goma après janvier 2025.
Mais les déplacements vers Beni et Butembo du programme de recensement et de SMICO montrent parallèlement que la continuité des financements ne signifie pas nécessairement la continuité de la présence à Goma.
C’est probablement là que se trouve désormais l’enjeu pour la population : au-delà des millions annoncés et des programmes toujours inscrits dans les documents des partenaires, quels services financés ou soutenus par la Belgique fonctionnent effectivement aujourd’hui à Goma, lesquels ont été déplacés et lesquels pourraient revenir ?
TIC-TAC HEBDO poursuivra ses vérifications auprès des partenaires concernés afin d’établir l’état actuel de chacun de ces programmes et les conditions éventuelles d’un redéploiement à Goma.
KIBANDO PAULIN
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