Il y a, ce mardi 15 septembre 2026, deux Kinshasa qui ne se rencontrent pas. L’une s’installe au Palais du Peuple pour ouvrir la session parlementaire. L’autre veut parler de Constitution, de référendum et de mandat présidentiel — et se voit répondre qu’elle a le droit de marcher, sauf jusqu’à la porte de cette institution.
C’est ça, la journée. Pas un « compromis technique ». Une permission de rue qui s’arrête là où le pouvoir délibère.
Pourquoi ce nom, C64
La Coalition Article 64 ne s’est pas baptisée au hasard. L’article 64 de la Constitution dit, en substance, que tout Congolais a le devoir de faire échec à qui prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation de la Loi fondamentale. La coalition, lancée en mai, lit cette phrase comme un barrage contre toute révision qui ouvrirait un troisième mandat à Félix Tshisekedi. Des juristes contestent cette lecture : l’article viserait surtout le renversement illégal des autorités en place, pas n’importe quelle réforme du texte. Peu importe, politiquement : le nom dit déjà le combat. Ce n’est pas une marche pour un quartier. C’est une marche pour dire que changer la Constitution, ce n’est pas un simple calendrier parlementaire.
D’où le choix de la date. Le 15 septembre, les députés rentrent. Le débat sur la loi référendaire doit revenir dans l’hémicycle. La C64 a voulu être vue le jour et à l’endroit où ce texte peut avancer. Le Palais n’était pas un décor. C’était la cible symbolique.
Ce que change la nuit de lundi
Jusqu’à lundi, le message public de l’opposition — y compris Martin Fayulu à la radio — restait simple : converger vers le Palais. Sur les réseaux, beaucoup ont gardé ce mot d’ordre. Puis l’exécutif provincial a tranché : l’itinéraire est « corrigé » au nom de l’inviolabilité du Parlement. La marche est prise en compte. Le sit-in, lui, bascule vers le boulevard Triomphal, du côté de l’école Sévigné, en face du Stade des Martyrs — le secteur de l’ECiDé, tout près aussi de la CENI. Les intitulés varient. Le sens, non : on reste dans le centre politique de Kinshasa, on n’encercle plus le Palais.
L’inviolabilité du Parlement n’est pas une invention de la veille. Ce qui est politique, c’est de la faire valoir exactement le jour où l’opposition avait besoin d’être photographiée devant l’institution qu’elle veut empêcher de toucher à la Constitution. Autoriser la rue et lui retirer le lieu, c’est garder le contrôle de l’image : il y a manifestation, il n’y a pas de face-à-face avec la rentrée.
C’est pour cela que Delly Sesanga a parlé de réunions trop tardives, et rappelé que d’autres cortèges, plus proches de la majorité, avaient déjà pu s’approcher du Palais. Il ne discute pas le Code de la route. Il dit : la règle n’a pas le même poids selon qui marche.
Pourquoi Limete et Moulaert
La vidéo de Devos Kitoko, largement relayée, n’est pas un gadget. Elle répare la confusion née du changement de carte. Deux têtes de cortège — échangeur de Limete, rond-point Moulaert — pour que Tshangu, Funa, Lukunga et Mont-Ngafula n’aient pas à « forcer » un seul point. Le message aux militants : vous pouvez sortir, si vous suivez le nouveau dessin. Le message à la police : voici le cadre, tenez-vous-y. Une marche qui se prétend pacifique a besoin d’un tracé que l’État reconnaît. Une opposition qui vise le Parlement a besoin, elle, que ce tracé ne vide pas le geste de son sens. Les deux exigences ne coïncident plus.
À l’heure où ces lignes sont écrites, le déroulement sur le bitume — foule réelle, incidents, tenue du sit-in — n’est pas encore un fait établi. Ce qui l’est déjà, c’est le cadre : la C64 a le bitume, le Parlement a le hush de la session.
Ce que ça dit, au-delà de Kinshasa
Pour un lecteur de Goma ou de Bukavu, l’affaire n’est pas le trafic de l’avenue Kasa-Vubu. C’est ceci : pendant que l’Est discute feu, universités et guerre, Kinshasa discute combien de temps on reste au pouvoir, et par quel texte. La coalition a voulu lier les deux scènes — la rue et la chambre — le même mardi. L’État a accepté la rue à condition de couper le fil entre les deux.
On peut appeler cela de l’apaisement. On peut aussi le nommer clairement : une contestation du mandat et de la Loi fondamentale, autorisée à condition de rester à vue, mais hors d’atteinte de l’institution qu’elle visait.
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