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RDC : vingt-cinq ans de croissance, mais pourquoi la pauvreté persiste-t-elle ?

Comprendre le paradoxe économique congolais de Joseph Kabila à Félix Tshisekedi Depuis le début des années 2000, la République démocratique du Congo a régulièrement affiché des taux de croissance parmi les plus élevés d'Afrique.

RDC : vingt-cinq ans de croissance, mais pourquoi la pauvreté persiste-t-elle ?

Comprendre le paradoxe économique congolais de Joseph Kabila à Félix Tshisekedi

Depuis le début des années 2000, la République démocratique du Congo a régulièrement affiché des taux de croissance parmi les plus élevés d’Afrique. Le cuivre, le cobalt, l’or, le coltan, les diamants, l’étain et d’autres ressources naturelles ont replacé le pays au cœur des grands enjeux économiques mondiaux.

Pourtant, dans la vie quotidienne, cette richesse reste peu visible pour une grande partie de la population. Le chômage, la pauvreté, la faiblesse du pouvoir d’achat, le manque d’électricité, les routes insuffisantes et la dépendance aux importations continuent de peser sur les ménages.

Le vrai débat n’est donc pas seulement de savoir si l’économie congolaise a grandi. Les chiffres montrent qu’elle a effectivement grandi. La vraie question est plutôt celle-ci : pourquoi cette croissance ne s’est-elle pas transformée en amélioration massive des conditions de vie ?

1. Une économie relevée après la guerre, mais restée fragile

Lorsque Joseph Kabila arrive au pouvoir en 2001, l’économie congolaise sort d’une période de guerre, d’effondrement institutionnel et de désorganisation profonde. L’État peine à mobiliser ses recettes, les infrastructures sont détruites ou abandonnées, les investisseurs sont prudents et l’économie nationale fonctionne dans un contexte d’instabilité.

Les premières années sont donc marquées par une priorité : restaurer les grands équilibres macroéconomiques. Progressivement, la RDC retrouve une certaine stabilité monétaire, relance la coopération avec les institutions financières internationales et attire de nouveaux investissements, notamment dans le secteur minier.

Entre 2002 et 2010, la Banque mondiale note que la croissance congolaise reprend fortement après la guerre. Puis, entre 2010 et 2015, l’économie connaît une accélération importante, avec une croissance moyenne annuelle élevée, portée principalement par l’expansion du secteur extractif.

Sous Joseph Kabila, l’un des acquis économiques majeurs est donc le retour de la croissance après les années de guerre. Le pays retrouve une place dans l’économie régionale et internationale. Les mines redémarrent, certaines infrastructures sont reconstruites et les recettes publiques augmentent progressivement.

Mais cette croissance reste fragile pour une raison essentielle : elle repose surtout sur les matières premières. Lorsque le cuivre et le cobalt se portent bien, les chiffres de l’économie s’améliorent. Lorsque les prix mondiaux baissent, les finances publiques et le franc congolais deviennent vulnérables.

C’est ici que commence le paradoxe congolais. Le pays produit plus, exporte plus et attire plus d’investissements, mais cette dynamique crée peu d’emplois durables pour la majorité de la population. L’économie minière est puissante, mais elle absorbe relativement peu de main-d’œuvre par rapport à l’agriculture, au petit commerce ou aux services informels.

Le secteur extractif devient donc le moteur de la croissance, sans devenir automatiquement le moteur du développement populaire.

2. De Kabila à Tshisekedi : une croissance continue, mais peu transformatrice

L’arrivée de Félix Tshisekedi en 2019 ne marque pas une rupture économique totale. Elle s’inscrit plutôt dans la continuité d’un modèle déjà installé : une économie fortement dépendante des mines, des exportations de matières premières et des fluctuations du marché international.

Sous Tshisekedi, la croissance reste solide. La production du cuivre et du cobalt continue d’augmenter, soutenue notamment par de grands projets miniers. Les institutions internationales reconnaissent une résilience de l’économie congolaise, y compris dans un contexte de crise sanitaire mondiale, de guerre à l’Est et de tensions sur les prix internationaux.

Des réformes sont également engagées dans les finances publiques, la mobilisation des recettes, la numérisation de certaines procédures et les investissements publics. Le Programme de développement local des 145 territoires est présenté comme une tentative de rapprocher les investissements de base des populations.

Cependant, malgré ces efforts, les difficultés structurelles demeurent. L’économie congolaise reste peu industrialisée. Le pays exporte principalement des minerais bruts ou faiblement transformés, puis importe de nombreux produits finis. Cette situation limite la création de valeur ajoutée locale.

Autrement dit, la RDC vend souvent la matière première, mais achète plus cher les produits transformés.

Le pouvoir d’achat reste également fragile. Les périodes d’inflation, la dépréciation du franc congolais, la dépendance aux produits importés et les coûts élevés du transport affectent directement les ménages. Même lorsque les indicateurs macroéconomiques s’améliorent, les familles ne le ressentent pas toujours dans le panier de la ménagère.

La Banque mondiale relève que la pauvreté reste très élevée malgré la croissance. Cela signifie que la croissance existe, mais qu’elle n’est pas suffisamment inclusive. Elle ne touche pas assez l’agriculture, les petites entreprises, l’industrie locale, l’emploi des jeunes et les services sociaux de base.

La comparaison entre Kabila et Tshisekedi montre donc une réalité importante : les deux périodes ont connu de la croissance, mais aucune n’a encore réussi à transformer profondément la structure économique du pays.

Kabila a surtout géré la reconstruction économique après la guerre et le retour des grands investissements. Tshisekedi gouverne une économie plus ouverte et plus dynamique sur le plan minier, mais toujours confrontée au même défi : transformer la richesse nationale en bien-être populaire.

3. Le paradoxe congolais : un pays riche, une population pauvre

La RDC possède des ressources naturelles exceptionnelles. Elle est stratégique pour la transition énergétique mondiale grâce au cobalt et au cuivre. Elle dispose aussi d’un énorme potentiel agricole, forestier, hydroélectrique et commercial.

Pourtant, cette richesse ne suffit pas à développer un pays.

Le premier problème est la faible transformation locale. Tant que les minerais quittent le pays sans être suffisamment transformés sur place, la RDC perd une grande partie de la valeur ajoutée. Les emplois industriels, les compétences techniques, les chaînes de sous-traitance et les recettes fiscales potentielles se développent ailleurs.

Le deuxième problème est la faiblesse des infrastructures. Une économie moderne a besoin de routes, d’électricité, de ports, de chemins de fer, d’entrepôts et de zones industrielles. Sans ces infrastructures, produire localement coûte cher, transporter les marchandises devient difficile et les investisseurs hésitent à s’installer en dehors des zones minières.

Le troisième problème est la faible diversification. L’agriculture pourrait employer massivement, nourrir le pays et réduire les importations alimentaires. Pourtant, elle reste insuffisamment mécanisée, mal financée et confrontée aux problèmes d’accès aux marchés. Dans un pays aussi vaste et aussi fertile, importer une grande partie de ce que la population consomme reste un signe de faiblesse structurelle.

Le quatrième problème est la gouvernance. Les ressources naturelles peuvent devenir une bénédiction si elles sont bien gérées, mais elles peuvent aussi alimenter la corruption, les conflits, les inégalités et les détournements. La transparence dans les contrats, la traçabilité des recettes minières, la qualité de la dépense publique et le contrôle citoyen sont donc essentiels.

Le cinquième problème est l’insécurité. Dans l’Est du pays, les conflits perturbent l’agriculture, déplacent les populations, détruisent les marchés locaux, augmentent les dépenses militaires et réduisent l’espace budgétaire pour les investissements sociaux. La guerre n’est donc pas seulement une tragédie humaine ; elle est aussi un frein économique majeur.

Le sixième problème est l’économie informelle. Une grande partie des Congolais travaille, produit et commerce en dehors du cadre formel. Cela permet à des millions de familles de survivre, mais cela limite aussi l’accès au crédit, à la protection sociale, à la fiscalité organisée et aux politiques publiques efficaces.

Ainsi, la pauvreté congolaise ne s’explique pas par l’absence de richesses. Elle s’explique surtout par la difficulté à transformer ces richesses en emplois, en services publics, en infrastructures, en industries et en pouvoir d’achat.

Conclusion

Vingt-cinq ans après le début des années 2000, la RDC n’est plus l’économie totalement désorganisée de l’après-guerre. Le pays a retrouvé la croissance, attiré des investissements et renforcé sa place dans les chaînes mondiales des minerais stratégiques.

Mais le grand échec reste la transformation de cette croissance en développement humain durable.

Sous Joseph Kabila, l’économie a été stabilisée et relancée après la guerre. Sous Félix Tshisekedi, la croissance s’est poursuivie dans un contexte minier favorable, avec des efforts de réforme et de mobilisation des recettes. Pourtant, dans les deux cas, la majorité des Congolais continue d’attendre les fruits réels de cette richesse.

La leçon principale est claire : la croissance économique ne suffit pas. Pour changer la vie des citoyens, elle doit produire des emplois, renforcer l’agriculture, développer l’industrie, améliorer les routes, fournir l’électricité, financer l’éducation et garantir une meilleure gouvernance.

La RDC ne manque pas de richesses. Elle manque encore d’un modèle capable de transformer ces richesses en prospérité partagée.

Le défi des prochaines années sera donc de passer d’une économie d’exportation des matières premières à une économie de transformation, de production locale et de création d’emplois.

C’est à cette condition que la croissance cessera d’être seulement un chiffre dans les rapports économiques pour devenir une réalité visible dans la vie quotidienne des Congolais.

Source : Publication Facebook TIC-TAC HEBDO — TIC-TAC HEBDO | Rédaction

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