Les prestataires de terrain engagés dans la riposte contre l’épidémie d’Ebola ont déclenché, depuis le vendredi 23 octobre, une grève sèche dans la zone de santé de Nia-Nia, située dans le territoire de Mambasa, en Ituri. Cette action vise à réclamer le paiement de près de trois mois d’arriérés de primes. Les grévistes ont annoncé la suspension de toutes leurs activités jusqu’à la régularisation de leur situation financière.
Dans une déclaration rendue publique le même vendredi, les agents en grève ont affirmé ne plus percevoir leurs primes depuis le mois d’août dernier. Ils précisent avoir entrepris plusieurs démarches auprès des autorités sanitaires compétentes et des partenaires humanitaires impliqués dans la riposte, sans succès.
Ces professionnels jouent un rôle crucial dans la lutte contre l’Ebola. Leurs interventions couvrent notamment la surveillance épidémiologique, essentielle pour détecter rapidement de nouveaux cas, la communication sur les risques et l’engagement communautaire (CREC), qui sensibilise les populations aux mesures préventives, ainsi que la prévention et le contrôle des infections (PCI) dans les structures de santé et au sein des communautés.
La décision de suspendre les activités n’est pas nouvelle, selon les grévistes. Ils indiquent avoir multiplié les démarches, notamment par des ultimatums annonçant la suspension des activités et des rencontres avec les responsables de la riposte et les autorités. Cependant, ces initiatives n’ont pas abouti à une réponse satisfaisante, les poussant à cette action radicale.
Le docteur Willy Ngeleza, porte-parole des grévistes, a justifié cette décision en soulignant les risques élevés auxquels les équipes sont exposées sur le terrain. L’absence de paiement des primes, dans un contexte où les agents sont en première ligne face à une maladie hautement contagieuse, est perçue comme un manque de reconnaissance et une mise en péril de leur sécurité et de celle de leurs familles.
Cette grève a des conséquences directes et potentiellement graves pour la riposte contre l’Ebola. La suspension des activités de surveillance épidémiologique pourrait entraîner un retard dans la détection de nouveaux cas, favorisant ainsi une propagation silencieuse du virus. De même, l’arrêt de la communication sur les risques et de l’engagement communautaire risque de réduire la sensibilisation des populations et leur adhésion aux mesures de prévention, augmentant la vulnérabilité des habitants de la zone de Nia-Nia.
Le mécontentement des agents de la riposte ne se limite pas à l’Ituri. Des revendications similaires sont également observées dans la province voisine du Nord-Kivu, toujours dans l’Est de la République démocratique du Congo. Les agents engagés dans la lutte contre l’épidémie d’Ebola dans cette région expriment également leur insatisfaction quant à leur prise en charge, ce qui suggère un problème structurel plus large dans la gestion des ressources allouées à la riposte.
Cette grève sèche intervient dans un contexte particulièrement sensible. Certains élus nationaux, notamment ceux du Nord-Kivu, sont pointés du doigt dans une affaire de détournement présumé d’un fonds alloué à la riposte contre cette épidémie. Cette situation, si elle était avérée, pourrait expliquer en partie les difficultés de paiement des primes et fragiliserait davantage la confiance des communautés et des prestataires envers les autorités. L’épidémie d’Ebola a déjà fait plusieurs victimes en Ituri comme au Nord-Kivu et continue de se propager, touchant actuellement d’autres pays voisins de la RDC, rendant la continuité et l’efficacité de la riposte d’autant plus cruciales.
Anselme Syangoma
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