Nord-Kivu, 19 septembre 2026 — En moins de vingt-quatre heures, le Kivu a perdu deux jeunes dont les parcours racontaient, chacun à sa manière, une région qui refuse d’être réduite à la guerre. Franck Kakule Kipuni, dit Franck Kaky, avait choisi le journalisme, le microphone et le terrain. Miguel Mumbere Masaisai avait choisi le vélo pour porter un message de paix au-delà des frontières. Le premier est décédé jeudi 17 septembre 2026 à Beni, des suites d’une courte maladie, a confirmé le directeur de Tazama RDC. Le second est mort vendredi 18 septembre dans un accident de la circulation au nord de la République du Congo, alors qu’il poursuivait sa route vers le Cameroun, puis le Maroc.
Franck Kaky, raconter le Kivu malgré ses blessures
Franck Kaky appartenait à cette génération de journalistes formée au contact des crises du Nord-Kivu. Il était passé notamment par Blessing FM et Colombe FM à Goma, avant de poursuivre à Beni. Il était rédacteur en chef de Tazama RDC, correspondant de Congo Profond et fact-checkeur pour Congo Check. Il couvrait la sécurité, la politique et la société, et tenait aussi des espaces de débat.
Son départ de Goma pour Beni n’avait pas signifié l’abandon du métier. Il avait continué à exercer dans une partie du Nord-Kivu confrontée depuis plusieurs années à une situation sécuritaire difficile. Les reportages, les interviews, les émissions et la vérification des faits lui avaient donné une présence reconnue dans le paysage médiatique régional. Sa disparition a touché au-delà des rédactions avec lesquelles il avait travaillé. Tazama RDC a annoncé la suspension temporaire de ses publications. Le programme des obsèques n’était pas encore fixé au moment de cette publication.
Miguel Masaisai, un autre visage de la jeunesse du Kivu
Miguel Mumbere Masaisai, né le 16 août 2003 à Goma, avait choisi une autre voie. Cycliste, nageur et triathlète, il s’était lancé le 1er mai 2026 dans Pedals for Peace : un périple à vélo parti de Goma, avec Rabat, au Maroc, comme destination, sur près de 14 000 kilomètres. L’objectif n’était pas seulement sportif. Il voulait transformer les kilomètres en message de paix, d’unité et de cohésion, et montrer une autre image de la jeunesse de l’Est.
Le 5 août 2026, après plus de deux mois de route et plus de 6 500 kilomètres, il était arrivé à Kinshasa. Son étape s’était tenue à l’esplanade du Palais du Peuple, devant des jeunes. Le 7 août, accompagné du Conseil national de la jeunesse, il avait rencontré les ambassadeurs des Pays-Bas et d’Espagne. Il présentait alors son périple comme une diplomatie de la jeunesse portée par le vélo.
Il avait quitté Kinshasa le 6 septembre pour le Congo-Brazzaville, passant notamment par Brazzaville, Gamboma et Oyo. Vendredi 18 septembre, le voyage s’est arrêté près d’Ouesso, à proximité de la frontière camerounaise. Son vélo est tombé en panne. Il a pris un taxi pour rejoindre un endroit où il pourrait le faire réparer. Le taxi a eu un accident. Les quatre personnes à bord, dont Miguel Masaisai et le chauffeur, sont mortes sur place. Son corps a été déposé à la morgue d’Ouesso. Les démarches de rapatriement vers la RDC ont été engagées.
Deux parcours, une même génération
Franck Kaky racontait le Kivu. Miguel Masaisai voulait en montrer un autre visage. L’un allait vers les faits, interrogeait et écrivait. L’autre était parti de Goma à vélo pour traverser l’Afrique et dire que le Kivu, ce n’est pas seulement la guerre : c’est aussi sa jeunesse, son endurance et son exigence de paix.
Ni l’un ni l’autre n’avait choisi l’immobilisme. Franck avait fait de l’information son espace d’action. Miguel avait fait du sport un plaidoyer. Deux métiers, deux méthodes. Ils ne se confondent pas. Ils disent pourtant la même chose : une génération qui cherche ses propres moyens de participer à la société.
Tous deux sont morts loin de Goma. Franck Kaky travaillait à Beni. Miguel Masaisai se trouvait à des milliers de kilomètres de sa ville natale, toujours sur la route de Rabat. Dans ces déplacements, le lien avec la région restait : l’un documentait le Nord-Kivu, l’autre portait au-delà des frontières un message parti de Goma.
Une jeunesse frappée deux fois
Jeudi 17 septembre, la corporation journalistique apprenait la mort de Franck Kaky à Beni. Le lendemain, la nouvelle de Miguel Masaisai frappait à son tour Goma et les jeunes qui suivaient Pedals for Peace.
Les hommages et les obsèques suivent des chemins distincts. Pour Franck Kaky, les rédactions et les confrères se mobilisent. Pour Miguel, l’attention porte aussi sur le rapatriement depuis le Congo-Brazzaville. TIC-TAC HEBDO n’avance pas d’horaires funéraires tant que les familles et les structures concernées ne les ont pas établis.
Derrière les images de deuil restent deux héritages. Franck Kaky laisse des reportages, des émissions, des témoignages recueillis sur le terrain. Miguel Masaisai laisse les kilomètres de Pedals for Peace, l’image d’un jeune parti de Goma à vélo, et l’idée qu’un sportif peut transformer un effort personnel en message collectif de paix.
KIBANDO PAULIN
TIC-TAC HEBDO — Au-delà des faits
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