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Politique

RDC : Kinshasa ordonne aux agents de l’État dans les zones AFC d’abandonner leurs postes pour Beni et Uvira

Kinshasa ordonne aux agents de l'État présents dans les territoires administrés par l'AFC-Alliance Fleuve Congo d'abandonner leurs postes et de rejoindre les autorités repliées à Beni et à Uvira. Cette consigne, relayée sur les réseaux sociaux, prend désormais une forme officielle : un communiqué de service de la Direction générale des Recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD) fixe les modalités et la deadline.

Daté du 23 juin 2026 et signé par la directrice des ressources humaines Emilie Tshilumba Kapinga, le texte (n° 029/DGRAD/DRH/2026, réf. 775/DGRAD/DRH/2026) demande aux cadres et agents des directions provinciales de la DGRAD du Nord-Kivu et du Sud-Kivu « actuellement en dehors de leur lieu d'affectation » de regagner leur direction provinciale — à Beni pour le Nord-Kivu, à Uvira pour le Sud-Kivu — avant la fin du mois de juin 2026.

Passé ce délai, le communiqué menace d'appliquer aux récalcitrants « les dispositions légales et réglementaires en matière de désertion ». La formulation est lourde de conséquences : elle transforme un impératif administratif de regroupement en ultimatum disciplinaire, avec un risque pénal pour ceux qui resteraient sur place.

Communiqué de service n° 029/DGRAD/DRH/2026 — Direction générale des Recettes administratives (Kinshasa, 23 juin 2026).

Ce que révèle le document

Contrairement à une rumeur générale sur « tous les agents de l’État », le communiqué vise explicitement le personnel de la DGRAD dans les deux Kivu. Il confirme toutefois la logique centrale évoquée sur Facebook : faire sortir du terrain contrôlé par l’AFC/M23 les fonctionnaires encore en poste et les reconcentrer sur deux pôles — Beni au Nord-Kivu et Uvira au Sud-Kivu — où l’autorité centrale dispose encore de marges de manœuvre administratives.

Le choix de Beni et d’Uvira n’est pas anodin. Beni reste un enjeu sécuritaire majeur ; Uvira, ville frontalière du Sud-Kivu, constitue un relais stratégique vers le Burundi. Regrouper les agents dans ces villes permet à Kinshasa de reprendre le contrôle comptable et humain de services fiscaux et administratifs, tout en préparant une éventuelle recomposition de l’administration sur le reste du territoire provincial.

Interrogations pour les agents et leurs familles

La publication Facebook posait déjà les bonnes questions, désormais amplifiées par le ton du communiqué. Les agents concernés se demandent si leur prise en charge (transport, indemnités, relogement) sera réellement organisée. Que deviennent les familles restées à Goma, Butembo ou ailleurs ? Les biens laissés sur place, parfois acquis sur des années de service, seront-ils protégés ?

Beaucoup redoutent un départ précipité sans garantie de retour. Dans un contexte où les frontières administratives ne coïncident plus avec les lignes de fait sur le terrain, obéir à l’ordre peut signifier renoncer à un salaire local, à un logement de fonction ou à un réseau familial — sous peine d’être qualifié de « déserteur ».

Contexte politique et sécuritaire

Cette mesure intervient alors que l’AFC contrôle une partie importante du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, et que les négociations, les accrochages et les recompositions militaires se poursuivent. En ordonnant le repli administratif, Kinshasa envoie un signal politique : l’État ne reconnaît pas la normalité de l’administration publique dans les zones sous influence rebelle, et entend préserver un noyau de fonctionnaires « loyaux » hors de portée de l’AFC.

Pour les populations, l’enjeu est concret : moins d’agents sur place peut signifier moins de services (fiscalité, cadastre, recouvrement, contentieux administratif), au moment où les besoins de reconstruction et de régulation économique sont immenses. À l’inverse, maintenir des fonctionnaires dans des zones instables les expose à des pressions des deux belligérants.

Que retenir ?

À ce stade, plusieurs inconnues demeurent : le nombre exact d’agents visés, le taux de compliance attendu d’ici la fin juin, et la capacité de Beni et Uvira à absorber un afflux de personnel. Le « wait and see » évoqué sur Facebook traduit une prudence légitime : l’ultimatum est posé sur le papier, mais sa mise en œuvre sur le terrain — routes, sécurité, volonté individuelle — reste incertaine.

Rédaction | TIC-TAC HEBDO

Source : Publication Facebook TIC-TAC HEBDO — TIC-TAC HEBDO | Rédaction