Depuis plus d’un an, Minembwe vit sous la menace d’attaques quasi hebdomadaires — à Goma, la mort d’un agent de l’UNICEF révèle l’ampleur d’une crise qui s’installe dans la durée et frappe durement les populations civiles
Attaques répétées par drones dans les zones sous contrôle AFC/M23 : la société civile plurielle de Goma exige des enquêtes internationales indépendantes
Goma — La tension reste vive dans l’Est de la République démocratique du Congo, où les populations civiles dénoncent une série d’attaques par drones ayant frappé plusieurs zones habitées sous administration de l’AFC/M23. Face à cette situation, des milliers d’habitants de la ville de Goma sont descendus dans la rue pour exprimer leur indignation et exiger des enquêtes internationales crédibles.
Selon les organisateurs, cette mobilisation vise à condamner ce qu’ils qualifient de « massacres à répétition » attribués au gouvernement de Kinshasa à travers l’usage de drones des FARDC. Parmi les incidents récents évoqués figure une attaque survenue à Goma, ayant causé la mort de trois personnes, dont Karine Buisset, responsable de l’UNICEF au Nord-Kivu. Cette attaque fait suite à celle de Rubaya, dans le territoire de Masisi, où le colonel Willy Ngoma aurait également perdu la vie.
Partie du rond-point Signers, la manifestation, encadrée par des éléments de la police révolutionnaire congolaise (PRC), a parcouru plusieurs artères principales de la ville. Les manifestants dénoncent des actes qu’ils considèrent comme des violations du cessez-le-feu récemment évoqué dans les initiatives diplomatiques régionales, notamment sous médiation angolaise.
Sur les banderoles, des messages forts traduisaient la colère populaire :
« Goma n’est pas un champ de bataille », « Non à la guerre, oui à la paix », ou encore des slogans mettant directement en cause les autorités de Kinshasa.
Un mémorandum remis à la MONUSCO
La marche s’est achevée au quartier général de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), où un mémorandum a été officiellement remis.
Dans ce document, lu par Gentil Sony Mulume, représentant de la société civile plurielle, les organisateurs expriment leur profonde indignation face à des attaques qualifiées de ciblant des populations civiles, notamment à Goma, dans le Nord-Kivu, ainsi qu’à Minembwe au Sud-Kivu.
« Aucune logique militaire ne peut justifier des attaques par drones qui exposent délibérément les populations civiles à la mort et à la terreur », souligne le mémorandum.
Les signataires rappellent que ces actes constitueraient une violation grave du droit international humanitaire, notamment des principes de protection des civils en période de conflit.
Des recommandations fermes
Face à cette situation jugée alarmante, plusieurs recommandations ont été formulées :
Au gouvernement de Kinshasa : cesser immédiatement les bombardements dans les zones habitées et respecter les obligations internationales en matière de protection des civils et du personnel humanitaire ;
À la communauté internationale (ONU, Union européenne, ONG des droits humains) : ouvrir des enquêtes indépendantes, crédibles et transparentes afin d’établir les responsabilités ;
Aux organisations humanitaires : renforcer l’assistance aux victimes ;
Aux autorités locales : garantir la sécurité des populations et soutenir les familles affectées.
Une situation sécuritaire toujours préoccupante
Le document revient également sur plusieurs attaques recensées dans les territoires de Masisi et Rutshuru, notamment à Kazinga, Katoyi, Luke, Nyange-Mpati et Masisi-centre, où plus de vingt personnes auraient été tuées.
Dans la localité de Kikuku, en chefferie de Bwito, des habitations ont été incendiées, causant la mort de plusieurs civils, dont des enfants. Des incidents similaires sont signalés à Rutshuru-centre et dans ses environs.
Au Sud-Kivu, la région de Minembwe reste également touchée par des violences récurrentes depuis 2022, aggravant une situation humanitaire déjà critique.
Un appel à la protection des civils
En conclusion, la société civile plurielle rappelle que « la vie humaine est sacrée » et insiste sur la nécessité de placer la protection des populations civiles au cœur de toute stratégie sécuritaire ou militaire.
Par Marty Dacruz OLEMBA / Baraka KUDA KISALI
Commentaires