Dans un entretien accordé à TV5 Afrique, l’opposant congolais Jean-Marc Kabund, président national de l’Alliance pour le Changement (A.Ch), est revenu sur la situation sécuritaire préoccupante qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo.
Alors que les affrontements se poursuivent entre le mouvement AFC/M23 et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyées par les groupes d’autodéfense Wazalendo ainsi que les FDLR, Kabund estime que la crise actuelle ne peut être résolue uniquement par la voie militaire.
Une situation « totalement préoccupante »
D’entrée de jeu, l’ancien cadre de l’UDPS a dressé un constat alarmant :
« La situation à l’Est, comme ailleurs en RDC, est totalement préoccupante sur le plan sécuritaire. Elle traduit une faiblesse de l’autorité de l’État et une désintégration progressive du tissu national. »
Pour lui, la multiplication des groupes armés et la persistance des combats traduisent un malaise plus profond que le simple affrontement militaire.
Le dialogue comme option incontournable
Jean-Marc Kabund affirme que toute solution durable passe par un dialogue inclusif impliquant l’ensemble des parties concernées, y compris les acteurs armés.
« On ne peut organiser un forum sur la sécurité sans inviter les véritables protagonistes du conflit. Il est impossible de parler de paix sans inclure le M23, qui est au cœur des accusations. »
S’il reconnaît les allégations récurrentes concernant un soutien extérieur au M23, il estime toutefois que la crise ne peut être réduite à une seule dimension régionale.
Selon lui, les causes profondes seraient internes :
mauvaise gouvernance
gestion contestée des ressources naturelles
affaiblissement des institutions
frustrations politiques accumulées
« La guerre est l’effet visible de causes internes réelles liées à la gouvernance du pays. »
Dialogue national : avancée ou stratégie ?
Revenant sur sa propre arrestation, qu’il qualifie de politique, Kabund affirme qu’elle relevait davantage de calculs partisans que d’une procédure judiciaire ordinaire.
Il salue néanmoins l’ouverture récente du président Félix Tshisekedi en faveur d’un dialogue national, tout en mettant en garde contre une initiative unilatérale.
« Le président ne peut définir seul les lignes rouges. Chaque acteur politique a ses préalables. Il faut une convergence sincère pour que le dialogue produise des résultats concrets. »
Depuis sa libération, l’opposant affirme ne pas observer de changement significatif dans la gouvernance actuelle, dénonçant notamment le népotisme, le tribalisme et le détournement des deniers publics.
Rumeurs de rapprochement avec Joseph Kabila
Interrogé sur de supposées discussions avec l’ancien président Joseph Kabila, Kabund rejette catégoriquement ces informations.
« J’ai combattu le régime de Joseph Kabila jusqu’à la dernière minute. Ces rumeurs visent à détourner l’attention des vrais problèmes. »
Il affirme que son combat reste centré sur la réforme des institutions et la restauration de l’autorité de l’État.
Vers quelle issue ?
Dans un contexte où la population de l’Est continue de subir déplacements, insécurité et précarité économique, l’appel au dialogue relance le débat national sur la voie à suivre : poursuite des opérations militaires ou négociation politique inclusive.
Jean-Marc Kabund conclut en appelant à une refondation profonde de l’État congolais fondée sur :
une gouvernance responsable
des institutions fortes
l’unité nationale
une démocratie effective
une prospérité partagée
« Ce combat vise à redonner aux Congolais leur dignité dans un État fort, uni et démocratique. »
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